Contrastes de fin d’année à Metz : du baroque à Mahler
L’ensemble Café Zimmermann avec la soprano espagnole Núria Rial donnait un concert de cantates de Noël de Bach et de Telemann à l’Arsenal de Metz.
Le programme composé également d’ouvertures de Telemann, et des extraits d’œuvres de Bach, rendait une atmosphère de foyer pieux, confortable, champêtre par moments, sans être non plus dépourvue de fantaisies, grâce aux talents des musiciens.
La cantate de Telemann O Jesu Christ, dein Krippelein TWV 1:1200», balançait entre l’intimité retenue et l’expression discrète d’une foi vibrante. La cantate Der jüngste Tag wird bald sein Ziel erreichen, TWV 1:3013 corroborera cette impression d’intimité tremblante, comme un feu dans l’âtre.
La différence avec Bach, son ami Telemann, se situe sans doute là. Tout en tenant une dimension intimiste, la musique de Bach ouvre sur un univers plus large, vers dieu pour ainsi dire. Nonobstant, la technique, Telemann fait tendre ses ouvertures, tant vers des œuvres orchestrales ou comme des concertos pour violon. Le café Zimmermann surmonta ces difficultés avec aisance.
Outre celle de l’ensemble Zimmermann, la qualité du ce concert devait aussi être à la voix gracile mais pas fragile, translucide, et tenue de la cantatrice, qui retransmettait très bien les différents caractères des œuvres et des compositeurs. Vibrante d’émotions pieuses dans Telemann, ouverte et enflammée comme une bougie chez Bach. Le spectateur ne cessait d’être touché en l’écoutant. Il sortit du concert en souhaitant la retrouver dans des cantates entières, dans les Passions et même dans la Pénélope du Retour d’Ulysse dans sa patrie de Monteverdi ou des œuvres religieuses de Vivaldi.
Le lendemain, la Philharmonie du Luxembourg sous la direction du chef d’orchestre britannique Robin Ticciati jouait la Symphonie n°6 dite “tragique” de Mahler à l’Arsenal de Metz.
La grande salle de l’Arsenal de Metz n’est sans doute pas idéale pour un orchestre et une œuvre d’une aussi grande ampleur. Le premier mouvement Allegro energico, ma non troppo. Heftig, aber markig,s’avère tonitruant au point d’effacer les rapports entre les pupitres et son aspect concertant tout en effaçant son ironie. Il fallut presque attendre le milieu du deuxième mouvement Scherzo. Wuchtig pour que le volume sonore baisse et surtout le troisième Andante moderato pour apprécier véritablement l’œuvre, l’orchestre, et le chef.
Le troisième mouvement Andante moderato laissa donc entendre avec son caractère alpestre et champêtre, avec l’utilisation des cloches à vaches, et ses thèmes calmes mené avec sûreté par le chef.
Le quatrième Finale. Allegro moderato — Allegro energico permit de bien saisir enfin avec quelle fermeté le chef faisait briller son orchestre. L’orchestre de la Philharmonie de Luxembourg montrait ainsi en effet des qualités de force, de robustesse et de clarté d’un apollinien presque guerrier. Les rapports entre les différents pupitres, et surtout entre les cuivres et les percussions, et les percussions et les cordes, étaient tout à fait saisissants. Malheureusement, si le chef tenait bien son orchestre, il ne maîtrisait pas bien l’acoustique de la salle. Dès que les tutti montaient trop en force et en intensité, la tonitruance revenait.
Metz, Arsenal 11 et 12 décembre
Andreas Rey
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