Johann Strauss, pour commencer 2026
Heureusement Johann Strauss II échappe aux limites calendaires et le bicentenaire de sa naissance suscite à nouveau quantités de concerts. Le Théâtre des Champs-Élysées a choisi d’inaugurer l’année avec le maître viennois en imaginant la rencontre de l’Orchestre symphonique de la Garde républicaine, d’un narrateur, l’humoriste belge Alex Vizorek, et de la soprano Catherine Trottmann.
Le programme passait du plus connu au plus rare voire même à l’exotique. Ainsi de la polka rapide Eljen a Magyar ! (Vive la Hongrie) de la Persischer Marsch (Marche persane) ou de la Marche égyptienne nées des circonstances géopolitiques - visite du souverain persan ou inauguration du canal de Suez-. La polka, très présente dans le catalogue de la dynastie Strauss, allait de l’Annen-Polka à la Trish-Trash Polka (Cancans), Unter Donner und Blitz (Sous l’orage et l’éclair) ou la Pizzicato, bijou composée à quatre mains avec Josef, frère cadet du compositeur, pour culminer avec le Banditten-Galopp fouetté de coups de sifflets.
Évidemment ce fractionnement était rendu nécessaire par le format du concert mais l’indispensable vision d’ensemble reste à venir ; elle seule, en effet, permettra de mesurer la cohérence musicologique, l’originalité et la juste valeur d’une musique méconnue, réduite en France, à quelques danses et une seule opérette (sur les 16 existantes !).
A la tête de l’ Orchestre symphonique de la Garde républicaine, Bastien Stil parvenait à concilier impulsion et précision, relief et nuances. Sa mise en place impeccable mettait en lumière chaque pupitre avant d’instaurer, en seconde partie, une belle écoute mutuelle entre orchestre, soliste instrumental et soprano.
Les effectifs de l’Orchestre symphonique de la Garde Républicaine constituaient l’un des intérêts majeurs de la soirée. En effet la présence importante de cuivres, percussions et vents permettait d’ imaginer comment sonnaient toutes ces pages, alors jouées, elles aussi, par des orchestres essentiellement militaires.
L’orchestration séduisait par sa variété, donnant relief et pittoresque à chaque mesure : pupitre de cors aussi précis qu’évocateur, cuivres colorés, interventions solistes de flûte, hautbois ou clarinette contrastant avec la houle des violons sans oublier quantité de petits instruments dans leur élément.
En seconde partie, la soprano Catherine Trottmann interprétait avec beaucoup de goût l’air d’Adèle de la Chauve-souris et les ornements vertigineux de la seule mélodie avec orchestre de Johann II, Frühlingsstimmen (Voix du Printemps) contemporaine de ses amours avec Angelika, où les trilles de la chanteuse rivalisent avec ceux du rossignol. La musicalité,la délicatesse et le timbre fruité de la soprano portés par une technique souple et agile semblaient se jouer des coloratures pour s’épanouir en aigus diamantés. Public « aux anges » !
Alex Vizorek était chargé d’évoquer la vie du compositeur. D’un ton juste et réservé, il donnait une image agréablement bienveillante de l’auteur du Beau Danube bleu.
Finalement, cet hommage littéraire et musical, quoique évidemment incomplet – car, isolé de sa dynastie, Johann Strauss II n’est pas vraiment lui-même, comme l’ont montré les chercheurs viennois et anglo-saxons ignorés de la plupart des ouvrages français – célébrait gaiement, pour le plus grand plaisir du public, l’éternité de Johann Strauss.
Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 11 janvier 2026