Buffet-Crampon, 190 ans
A l'occasion du 190e anniversaire du fabricant de clarinettes, nos collègues de France Musique ont posé quelques questions. Nous vous livrons le document tel quel.
"Sur les bords de Seine, à Mantes-la-Ville, au Nord-Ouest de la région parisienne, le fabriquant des clarinettes Buffet-Crampon, fondé en 1850, a établi son siège et son site principal de fabrication. Chaque année, près de 20 000 instruments sortent de ces ateliers, 270 personnes y travaillent; ici on fraise, on soude, il y aussi d’immenses cuves où l’on traite chimiquement les clés de métal qui composent les clarinettes et autres hautbois.
Tout au bout de la chaîne, il y a des ouvriers spécialisés qui assemblent le tout. Parmi eux, Amélie :
Mon travail consiste à rassembler les bouts de bois et de métal en un vrai instrument. Nous, on assemble le tout, on fait des réglages et des correspondances avec le haut et le bas de l'instrument et ensuite on le passe à un musicien essayeur d'ici, un musicien professionnel qui va jouer quelques minutes pour voir ce qui va ou ne va pas. En fonction de ses consignes, nous ferons les derniers réglages pour que l'instrument soit parfait.
Dans ces ateliers, trois essayeurs -appelés conseillers acoustiques- travaillent à plein temps. D'autres clarinettistes viennent régulièrement pour tester et approuver les instruments, comme Nicolas Baldeyrou, clarinette solo à l’orchestre Philharmonique de Radio France, qui teste environ 50 clarinettes par semaine.
Mon travail est aussi d'essayer des prototypes sur lesquels travaille Buffet Crampon et qui vont sortir dans quelque temps : qualité de la production, prévenir d'éventuelles petites déviations et garder le niveau de qualité, conseiller les clients dans leur choix.
Chez Buffet Crampon, il ne s'agit pas seulement de perpétuer une tradition mais aussi de travailler en permanence sur de nouveaux prototypes parce que le marché de la musique évolue et qu'il faut s'adapter. Eric Barret s'occupe du département Recherche et développement
Nous travaillons avec nos artistes sur des nouveautés et des projets et je dois faire le lien entre l'usine et les artistes. Faire évoluer l'instrument à travers des matériaux, des sonorités, en fonction des modes ou des pays. On exporte beaucoup et on doit trouver un équilibre sur l'ensemble des marchés.
Buffet Crampon se porte bien, la société a grossi ces 10 dernières années et a racheté plusieurs facteurs d’instruments à cuivres, en les regroupant sous l'appellation « Buffet Group Wind Instruments ».
Avec leur site de fabrication de Mantes et deux autres ateliers en Allemagne, 70 mille instruments sont fabriqués chaque année, des clarinettes pour les deux tiers mais aussi des hautbois, des saxophones, des bassons et des cuivres.
Le marché français ne représente que 5% du chiffre d’affaires, contre 25% aux Etats-Unis; Buffet Crampon a des showrooms à New York, à Shanghai et à Tokyo. Son principal concurrent est Yamaha qui gagne des parts de marché dans certains pays et sur le secteur des instruments d’études. La stratégie, selon Jérôme Perrod, nouveau Président-directeur général de Buffet Crampon, c'est la vigilance :
Nous avons pour ambition d’étendre notre marché géographique à la Chine et l’Amérique du Sud. Sur les marchés déjà conquis, les projets concernent notamment le développement des produits supplémentaires. Nous sommes très forts sur les instruments professionnels et un peu moins sur les instruments d’étude. Nous avons un potentiel de développement pour les instruments tels le hautbois et les cuivres, aussi.
Buffet Crampon s’adapte aussi aux nouvelles technologies : la marque vient de lancer une application pour Ipad qui permet de travailler son instrument de façon ludique un peu comme un karaoké. Elle est sensible aussi au développement durable : de plus en plus d’instruments sont fabriqués en Greenligne, dans un matériau composite avec de la poussière d’ébène qui se substitue à l’ébène massif du Mozambique dont les quotas sont désormais très contrôlés.