Kahchun Wong face à Mahler et Bruckner  

par

Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie No.2 en ut mineur, ‘Résurrection’. Masabane Cecilia Rangwanasha, soprano ; Dame Sarah Connolly, mezzo-soprano ; Hallé Choir, direction : Matthew Hamilton ; Hallé Youth Choir, direction : Stuart Overington ; Hallé Orchestra, direction : Kahchun Wong. 2025. Livret en anglais. Hallé HLD 7568

Anton Bruckner (1824-1896) :  Symphonie no 9 en ré mineur, WAB 109 (version en 4 mouvements avec le finale de Nicola Samale, Giuseppe Mazzuca, John A Phillips et Benjamin-Gunnar Cohrs, révision de John A Phillips 2021-2022). Hallé Orchestra, direction : Kahchun Wong. 2024. Livret en anglais. Hallé 7566

Le chef d’orchestre Kahchun Wong au pupitre de son Hallé Orchestra, dont il est chef titulaire, avait fait forte impression avec un premier album consacré au rare Prince of Pagodas de Britten. On ne retrouve ici que deux chevaux de bataille du répertoire : la Symphonie n°2 de Mahler et la Symphonie n°9 de Bruckner. Cette double parution n’est pas sans rappeler, l'émergence d’un autre chef…Zubin Mehta qui avait cassé la baraque dans ces deux mêmes œuvres au pupitre des Wiener Philharmoniker. Mais comparaison, n’est pas raison ! 

Il fut un temps, dans les années 90 et au début des années 2000, où de nouvelles versions des  symphonies de Mahler nous arrivaient très  fréquemment. Depuis quelques années, les parutions mahlériennes ne sont plus aussi nombreuses, c'est presque la disette ! Dès lors, on se réjouit d’entendre cette partition de démonstration sous la baguette d’un démiurge.

Kahchun Wong impose une lecture personnelle. On a connu des versions plus analytiques ou plus engagées, mais le chef construit sa vision au fil des mouvements et le tout explose dans le tellurique dernier mouvement. L’interprétation est conçue comme une vaste architecture vers ce paroxysme final qui vient après des mouvements introductifs plus creusés qu’impulsifs et une grande attention portée aux césures. Comme tout l’orchestre anglais, le Hallé Orchestra est un collectif magistral tant dans ses tuttis que dans ses individualités. On apprécie en particulier des cuivres engagés et puissants galvanisés par la direction du chef. Les forces chorales du Hallé Choir et du Hallé Youth Choir sont évidemment excellentes d’homogénéité et de projection,  tout comme les deux solistes Masabane Cecilia Rangwanasha et Sarah Connolly. Une excellente lecture qui nous rappelle à quel point le Hallé Orchestra est un orchestre de très haut vol sous la direction inspirée et galvanisante de  Kahchun Wong qui fait honneur à son premier prix au Concours Mahler de Bamberg en 2016.

Passons à la neuvième de Bruckner, proposée ici avec la version la plus récente du  finale inachevé. Il s’agit ici de la completion de Nicola Samale, Giuseppe Mazzuca, John A Phillips et Benjamin-Gunnar Cohrs. Ce projet au long court, initié il y a près de 40 ans, est souvent désigné sous l’acronyme "SPCM". Il a été plusieurs fois enregistré à des étapes différentes de l’évolution du travail ce dont l'excellent site abruckner.com rend compte.

En 2012, ce final avait été enregistré par Simon Rattle et l'Orchestre philharmonique de Berlin, mais John A Phillips qui n'était pas satisfait de certains éléments, a entrepris une nouvelle révision en 2021 et 2022. Nous n’allons pas lister les modifications, ni les commenter, ni même juger du bien fondé ou pas de ces complétions (qui sur le net déchaînent parfois des réactions enflammées et presque irraisonnées). Le public est parfois dubitatif devant ces reconstitutions et pour le rassurer il faut lire l’excellente notice présentée dans le booklet de ce disque. John A Phillips précise que 68 % de la partition provient des esquisses de Bruckner, que 19 % a été reconstitué à partir de brouillons, laissant 13 % qui ont dû être déduits ou extrapolés. Il est entendu qu’aucun motif non composé par Bruckner n'a été introduit dans ce travail de reconstitution 

Kahchun Wong dirige de manière ample, prenant le temps de poser un climat dense mais assez lent. Son premier mouvement dure plus de 27 minutes mais on salue la maîtrise du chef qui ne perd pas le fil de la tension tout en soignant les équilibres. Cette vision mesurée, décantée mais bien tenue, se développe au fil des quatre mouvements. Certains moments comme les ultimes mesures de l'adagio sont superbes, à la fois par plastique de l’orchestre et par l’émotion tirée de ces notes. On peut préférer parfois plus d’acuité, comme dans le "scherzo" mais il s’intègre ici parfaitement dans la vision du maestro. 

Le Hallé Orchestra est brillant, appliqué et concentré avec son collectif de haut vol, même si sa sonorité d’ensemble n’est pas aussi chatoyante que celle des grands orchestres allemands ou autrichiens. Une belle lecture qui bute hélas sur une discographie de très haut niveau. En ce qui concerne la complétion  SPCM, c’est évidemment la référence sur le fond du travail, pour la forme la gravure de Simon Rattle avec les Berliner Philharmoniker (Warner) s'impose comme un cran au dessus.   

Dans les deux albums, le son est de  grande qualité, mais on sent le live, à commencer par un manque de lisibilité des pupitres, dans l'acoustique pas toujours optimale du Bridgewater Hall de Manchester, la base du Hallé Orchestra. 

Note globale : 9 (Mahler) et 8 (Bruckner) 

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