Le Festival Mozart à Monte-Carlo

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Comme chaque mois de janvier, le Festival Mozart prend ses quartiers à Monte-Carlo. Dès les premières mesures de la Symphonie n° 39, Mozart semble respirer autrement. Sous la direction de Kazuki Yamada, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo fait jaillir une énergie à la fois maîtrisée et spontanée, où la précision n’entrave jamais l’élan vital. Les cordes s’animent avec une clarté lumineuse, les bois dialoguent avec finesse, les cuivres surgissent sans lourdeur, parfaitement intégrés à l’architecture globale. Yamada impose une lecture nerveuse et souple à la fois, attentive aux contrastes : de doux instants suspendus, presque célestes, alternent avec des explosions volcaniques d’un son plein, vivant, puissamment charnel. Le rythme est tendu, l’harmonie respirée, et l’ensemble emporte l’auditeur dans un Mozart intensément incarné, jamais décoratif.

Après l’entracte, le climat change radicalement avec le Requiem, chef-d’œuvre absolu qui trouve ici une résonance profondément bouleversante. Ce sont avant tout les chœurs qui marquent les esprits. Le Coro del Friuli Venezia Giulia et le Chœur de chambre 1732 — réunissant chanteurs confirmés, amateurs éclairés et professionnels de la région PACA — impressionnent par leur engagement, leur homogénéité et la densité expressive de leur chant. Le Dies irae frappe par sa puissance tellurique, tandis que le Lacrimosa suspend littéralement le temps, porté par une douleur contenue, sans emphase.

Kazuki Yamada, une fois encore, conduit les forces en présence avec une autorité sereine, laissant respirer les lignes tout en maintenant une tension dramatique constante. La direction des choeurs, assurée par Cristiano Dell’Oste et Bruno Haber, contribue largement à cette réussite, tant par la cohésion que par la justesse des intentions.

Du côté des solistes, la jeune soprano franco-catalane Lauranne Oliva, appelée à remplacer Emőke Baráth, confirme les promesses qui l’entourent. À seulement vingt ans, la voix est déjà très belle, lumineuse, soutenue par une technique solide et bien en place ; seule la diction, parfois insuffisamment intelligible, laisse une légère réserve. La mezzo-soprano Anna Lucia Richter apporte une couleur chaleureuse et un chant intérieur, tandis que le ténor Maximilian Schmitt se distingue par une ligne élégante et bien tenue. La basse Alexander Grassauer offre une assise grave solide et expressive, sans jamais forcer le trait.

Au final, ce concert laisse une impression durable : celle d’un Mozart vibrant, profondément humain, servi par un chef inspiré et des forces musicales engagées. Une soirée où l’on ressort impressionné, touché, et pour le Requiem, véritablement bouleversé.

Auditorium Rainier III, Monte-Carlo, 24 janvier 2026 

Crédits photographiques : Philippe Fitte Direction de lacommunication

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