Le quatuor à cordes triomphant

par

Quatuor ARDITTI
First Performance VI
DDD et BLU RAY DISC–2015–69’ 16’’–Texte de présentation en allemand et en anglais–BMN 20159

Le violoniste londonien Irvine Arditti a fondé le quatuor qui porte son nom en 1974 et il est toujours à son poste, aujourd’hui aux côtés du second violoniste Ashot Sarkissian, de l’altiste Ralf Ehlers et du violoncelliste Lucas Fels. Comme chacun le sait, l’ensemble s’est essentiellement voué, depuis ses débuts sur la scène internationale, à la défense et à l’illustration du quatuor à cordes contemporain et a joué des œuvres de tous les compositeurs importants de ces dernières décennies, de Georges Aperghis à Iannis Xenakis, en passant, il va sans dire, par les quatre auteurs présents sur ce CD : dans l’ordre des plages, le Portugais Emmanuel Nunes (1941-2012) avec Chessed III for string quartet, le Suisse Alfred Zimmerlin (né en 1955) avec son Quatuor à cordes n° 4 (en cinq mouvements, dont un en hommage au compositeur bernois Jürg Wyttenbach), l’Américain Morton Feldman (1926-1987) avec Structures for string quartet et l’Allemand Helmut Lachenmann (né en 1935) avec son Quatuor à cordes n° 3.
Quoiqu’on soit ainsi en présence de quatre compositeurs originaires de quatre pays différents, il y a un air de famille entre les quatuors à cordes qu’Irvine Arditti et ses trois complices ont enregistrés. Cela ne signifie nullement que leurs œuvres respectives seraient interchangeables, mais quand on les écoute, on sent tout de suite qu’ils ont été écrits après ceux de Béla Bartók et qu’ils appartiennent à une ère postmoderniste, l’ère triomphante du renouveau du genre, même si Structures fort string quartet de Morton Feldman date de 1951.
Le plus riche des quatre est fort probablement le Quatuor à cordes n° 3 sous-titré « Grido » de Helmut Lachenmann. Achevé en 2002, il se déploie en un seul mouvement sur plus de vingt-trois minutes, avec une extraordinaire énergie, une pulsion vivifiante et une musicalité des plus naturelles, preuves patentes que Helmut Lachenmann est habité par son art et qu’il est bel et bien un compositeur de tout premier plan. On ne compte plus d’ailleurs ses distinctions et ses prix en Allemagne, où en 2015, à l’occasion de ses quatre-vingts ans, il a été fêté (et louangé) comme il se doit.
Jean-Baptiste Baronian

Son 9 – Livret 6 – Répertoire 7 – Interprétation 9

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