Les modernités de William Grant Still

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William Grant Still (1895-1978) : Symphonie n° 2 en sol mineur « Song of a New Race » ; Symphonie n° 4 « Autochthonous ». National Symphony Orchestra, direction Gianandrea Noseda. Enregistrement live, Kennedy Center Concert Hall, Washington D.C., 2022-2023. Notice en anglais. 61'22''. National Symphony Orchestra. NSO0020.

On se réjouit de voir l'Orchestre National de Washington et son directeur musical Gianandrea Noseda s'emparer de la musique de William Grant Still, figure majeure de la musique afro-américaine du XXe siècle. Le geste vaut témoignage : celui d'un orchestre qui défend la reconnaissance de son ADN historique au moment même où son institution hôte, le Kennedy Center, est passée sous la tutelle directe de Donald Trump — au point d'en voir les organes de gouvernance rebaptisés à son nom.

Les deux symphonies réunies ici relèvent de la période dite « universelle » du compositeur, celle où Still regarde au-delà du seul héritage afro-américain pour viser une voix proprement américaine. La Deuxième (1937), en sol mineur, prolonge le succès de l'Afro-American Symphony — c'est Stokowski lui-même qui lui imposa son sous-titre, « Song of a New Race » — et fond les idiomes du blues et du foxtrot dans le moule symphonique européen. La Quatrième, « Autochthonous » (1947), ambitionne de dire l'esprit d'un peuple tout entier, dans une architecture classique — forme sonate, adagio, mouvement dansé, finale — que traversent les dissonances héritées de ses années modernistes. C'est cette Quatrième, surtout, qui fait de l'album un jalon de haut vol dans la redécouverte du talent de Still et de sa place dans l'histoire de la musique.

La direction de Noseda emporte l'adhésion. Rompu au modernisme du XXe siècle, qu'il fréquente assidûment — son intégrale Prokofiev en cours avec le LSO et sa riche discographie Chandos en témoignent —, le chef trouve ici une forme de rugosité expérimentale : il ne cherche pas à enjoliver une écriture orchestrale qui peut, par endroits, sonner avec une opulence post-Dvořák, mais il en préserve l'arête, l'âpreté d'orchestration. Et lorsque vient la mélodie, il la fait chanter en chef lyrique chevronné, dans le respect du blues et de ces lignes originelles. Ce ne sont pas, au fond, des lectures qui recherchent le beau son phonogénique ; elles n'en sont sans doute que plus proches de la vérité de cette musique, née aux confluences des esthétiques et des expérimentations.

Cette lecture se révèle complémentaire de celle, récente, de Yannick Nézet-Séguin, parue chez Deutsche Grammophon (2025, couplée aux Montgomery Variations de Margaret Bonds). Le chef canadien porte un Philadelphia Orchestra rutilant, d'une opulence et une beauté sonore assumées, là où Noseda se fait plus ascétique et plus anguleux. Deux approches de haut vol — mais on avoue préférer la vision, plus intellectuelle, de Noseda.

Son 9 Livret 9 Répertoire 10 Interprétation 9

Pierre-Jean Tribot

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