Mikhaïl Pletnev, l'inattendu musical  

par

Mikhaïl Pletnev, The Erato Recordings  1988-2001.  Mikhaïl Pletnev, piano et direction ; Michael Collins, clarinette ;  Deutsche Kammerphilharmonie, Philharmonia Orchestra, direction :  Libor Pešek et Vladimir Fedoseyev.  1988-2001. Livret en anglais, allemand et français. 16 CD Warner. Référence 5 021732 661395.

Warner remet en boîte les enregistrements que le pianiste et chef d’orchestre Mikhaïl Pletnev avait gravés pour Virgin entre 1988 et 2001. C’est une excellente idée tant le virtuose faisait alors des étincelles dans son approche du répertoire. 

Mikhaïl Pletnev avait été révélé au milieu musical par sa médaille d’or au Concours Tchaïkovski de Moscou de 1978, à seulement 21 ans et il s'étaient rapidement affirmé comme un éminent pianiste qui transformait en or tout ce qu'il touchait.

De ces enregistrements pianistiques, on retient une assurance technique parfaite et une compréhension magistrale d’une large variété de styles. Ainsi, on avoue préférer dans ce coffret les 2 albums de sonates de Scarlatti. C’est frais, bondissant, coloré, bigarré. C'est un feu d'artifice musical de multiples saynètes qui ouvrent l’imagination ! On poursuit sur ces cimes avec des Haydn : une sélection de sonates et les concertos pour piano où l'artiste dirige du clavier la Deutsche Kammerphilharmonie. Si vous trouvez ce classicisme ennuyeux, ces albums vous feront changer d’avis tant le tonus du pianiste s’allie à un sens des couleurs et des nuances foncièrement génial. Le célèbre Concerto en Ré est une pyrotechnie chorégraphiée et galvanisante. A côté de ces immenses réussites, les 4 concertos de Mozart (n°9, n°20, n°23 et n°24), menés du clavier avec cette même Deutsche Kammerphilharmonie sont bien troussés et magnifiquement exécutés mais un peu raides en comparaison. 

Le répertoire russe est bien sur une autre terre d’excellence de l’artiste : on adore un album Rachmaninov avec le Concerto n°1 et les Variations sur un thème de Paganini en compagnie du Philharmonia londonien dirigé par Libor Pešek. C’est pianistiquement  puissant, et musicalement très inspiré. Autre réussite : l’intégrale concertante de Tchaïkovski avec ce même Philharmonia cette fois dirigé par son compatriote Vladimir Fedoseyev. La combinaison chef/soliste est parfaite, mais c’est  Mikhaïl Pletnev  qui fait le numéro avec une performance ébouriffante dans la rare et redoutable Fantaisie de concert pour piano et orchestre, Op.56.  Seul au piano, l’artiste est à son affaire dans un couplage des Tableaux d’une exposition et d’un arrangement de Pletnev lui-même d’extraits de la Belle au bois dormant de Tchaikovski. Tel un peintre ou un chorégraphe, le pianiste est le narrateur d’une musique contée. Deux autres albums russes méritent l’écoute car c’est du très haut vol : les Saisons de Tchaikovski et un disque Scriabine.

Dans le “grand répertoire”,  Mikhaïl Pletnev se confronte avec brio à Beethoven (sonates n°14, n°21 et n°23) ainsi qu’à Chopin (avec un tête de gondole la Sonate n°2). Mais on apprécie surtout l’album chambriste Brahms (Sonates pour clarinette)/ Weber (Grand duo)  en compagnie du clarinettiste MIchael Collins, car ça piaffe et ça ripaille. Loin des brumes romantiques d’un brouillard hivernal, Brahms et Weber ripaillent et trinquent à coup de débordantes chopines de bière et de saucisses. Cela peut parfois friser le non sens devant tant d'unilatéralisme vitaminé, mais c’est communicatif. 

Mikhaïl Pletnev s’est très tôt intéressé à la Direction d’orchestre et au tournant des années 1990, en pleine déconfiture de l”URSS., l’artiste avait fondé son Orchestre national de Russie, composé des meilleurs musicien russes (et dont le siège fut pendant longtemps basé à Santa Barbara…en Californie…). Avec cet orchestre, il grave à Londres en 1991, un album de démonstration : la Symphonie n°6 “Pathétique” et la Marche Slave de Tchaïkovski. Dans une prise de son d’anthologie, Mikhaïl Pletnev fait rutiler la machine : le climax du premier mouvement de la Symphonie n°6  est comme un tremblement de terre et le célèbre troisième mouvement “Allegro molto vivace” est un rouleau compresseur avec un orchestre qui fait feu de tout bois.  Certes, il y a tellement mieux en matière de vécu que cette lecture bodybuildée peut déconcerter. On peut par contre se passer de tonitruante Marche slave avec des cuivres en parade…C’est épuisant d’effets ! 

Dès lors, un beau coffret qui rend  hommage à ce musicien réfléchi mais instinctif, qui deviendra avec le temps, plus cérébral, parfois jusqu'à décontenancer par la radicalité de ses approches. 

Note globale : 9

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.