Sergio Fiorentino : musicien avant tout mais néanmoins pianiste. La révélation d’un génie

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Sergio Fiorentino, The Legacy. Œuvres de Johann Sebastian Bach  (1685 – 1750), Domenico Scarlatti (1685 – 1757), Wolfgang Amadeus Mozart  (1756 – 1791), Ludwig van Beethoven  (1770 – 1827), Franz Schubert  (1797 – 1828), Felix Mendelssohn  (1809 – 1847), Frédéric Chopin  (1810 – 1849), Robert Schumann  (1810 – 1856), Franz Liszt  (1811 – 1886), César Franck  (1822 – 1890), Johannes Brahms  (1833 – 1897), Alexandre Borodine  (1833 – 1887), Gabriel Fauré  (1845 – 1924), Moritz Moszkowski  (1854 – 1925), Claude Debussy  (1862 – 1918), Alexandre Scriabine  (1872 – 1915), Serge Rachmaninov  (1873 – 1943), Fritz Kreisler  (1875 – 1962), Serge Prokofiev  (1891 – 1953) Sergio Fiorentino, Hamburg Pro Musica, Guilford Phi.Prchestra, London Mozart Ensemble. Texte de présentation en anglais.  Enregistré de 1953 à 1997. Un coffret de 26 CD. Brillant Classics 97423.

Trois Visages de La Valse en urtext

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Trois versions de La Valse viennent de compléter l’éventail d’urtext qui sont maintenant à notre disposition pour le chef-d’œuvre de Ravel : la version pour piano, chronologiquement la plus ancienne (éditée par Peter Jost, Henle), la version pour orchestre (éditée par Douglas Woodfull-Harris, Bärenreiter) et la version pour deux pianos réalisées par Ravel lui-même (Peter Jost, Henle). 

Qui dit urtext, dit accès aux sources. Dans le cas de la musique de Ravel, cet accès, souvent très compliqué jusqu’à une époque récente, commence à se normaliser. Pour la version à deux mains, Peter Jost a dû jongler entre le manuscrit (relativement lisible, accessible sur IMSLP) et la première édition, Durand. Pour la version à quatre mains, on possède le manuscrit et sa copie au propre. Pour la version orchestrale, le manuscrit également ; mais les épreuves corrigées destinées à l’impression et les parties d’orchestre de la création restent inaccessibles (ou introuvables). On sait que Ravel n’avait pas une passion pour la relecture des épreuves et que certaines corrections attribuées à Lucien Garban (responsable éditorial chez Durand) étaient peut-être un peu hâtives. Les innombrables fautes dans la partition Durand de la version pour orchestre ont souvent justifié un travail de restitution par analogie. Une autre source provient des corrections apportées par des chefs d’orchestre qui ont eu une relation historique avec Ravel. Je tiens ainsi de Paul Paray une liste conséquente (plus de 200 erreurs dans La Valse) complétée par ce que nous avait transmis Pierre Dervaux dans sa classe de l’École normale de musique, Dervaux qui avait été lui-même timbalier sous la baguette de ces chefs historiques et qui notait tout pendant les répétitions. Tout ceci pour dire qu’un urtext a ses limites et qu’il doit être complété par des sources pratiques, du moins pour l’orchestre.

Chez Ralph Vaughan Williams, le thème du voyage et du paysage est hautement poétique

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Landscapes. Ralph Vaughan Williams (1872-1958) : On Wenlock Edge, pour ténor, piano et quatuor à cordes ; Along the Field, pour ténor et violon ; A Little Piano Book ; Four Poems by Fredegond Shove, pour voix et piano ; Songs of Travel, pour voix et piano ; Ten Blake Songs, pour ténor et hautbois ; Two English Folk Songs, pour ténor et violon ; Hymn Tune Prelude on Song 13 by Orlando Gibbons, pour piano ; Four Hymns, pour ténor, alto et piano. Cyrille Dubois, ténor ; Anne Le Bozec, piano ; Julien Dieudegard et Emeline Concé, violons ; Louise Desjardins, alto ; Louis Rodde, violoncelle ; Baptiste Gibier, hautbois. 2025. Notice en français et en anglais. Textes chantés reproduits, avec traduction française. 121’ 30’’. 2 CD NoMadMusic NMM129.

Un Casse-Noisette coloré par Benjamin Millepied à la Seine Musicale 

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Créé en 2005 au Grand Théâtre de Genève, le Casse-Noisette de Benjamin Millepied a été retravaillé pour le ballet de l’Opéra de Nice. Première tournée parisienne pour ce ballet narratif à la danse musicale ! 

Si peu d’enfants sont présents dans la salle en ce mercredi soir enneigé, les dessins projetés au générique nous plongent dans l’esprit du conte. Les traits esquissés prennent vie à la levée du rideau : sur un sol et des murs blancs, les décors et costumes aux couleurs vives de Paul Cox sont prêts à raconter l’histoire. 

Benjamin Millepied, français, danseur formé aux Etats Unis, s’empare du mythique ballet Casse-Noisette. Si les versions françaises s’attachent à la trame narrative d’Hoffmann qui dépeint un magicien très ambigu dans une atmosphère mystérieuse, les américains proposent généralement des versions bien plus joyeuses avec un voyage au royaume des délices. Le chorégraphe choisit de reprendre la trame du rêve de Clara, mais ce n’est pas elle accompagnée par le Casse-Noisette qui voyage mais ses parents. 

Le ballet regorge de détails narratifs. Dès la première scène, les personnages sont incarnés : un couple sur ski se dispute sur la direction à prendre tandis que d’autres font des raquettes. Puis la maison s’ouvre et l’on assiste au réveillon : Le Casse Noisette à tête de grenouille est offert, pour rappeler les contes où la princesse doit embrasser un crapaud pour qu’il se transforme en prince charmant. Une cousine moins chanceuse se voit offrir un pull beaucoup trop grand, ce qui fait sourire après les fêtes. La chorégraphie, d’une grande musicalité, regorge d’humour : les danseurs tombent comme des dominos, jouent à saute-mouton… L’automate cassé au sol continue d’essayer de danser. 

Véronique Gens dans la lignée des grandes interprètes d’Offenbach

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Les divas d’Offenbach. Airs et extraits de La Belle Hélène, La Diva, La Grande-duchesse de Gérolstein, La Vie parisienne, Valéria, Boule-de-neige, Le Voyage dans la lune, Le Roi Carotte, Madame Favart, Dragonette, Robinson Crusoé, La Périchole, La Boulangère a des écus, Geneviève de Brabant, Le Roman comique. Véronique Gens, soprano ; Chœur et Orchestre national des Pays de la Loire, direction Hervé Niquet. 2023. Notice en français, en anglais et en allemand. Textes chantés joints, avec traduction anglaise. 55’ 49’’. Alpha 1168. 

Bach revisité à l’orgue et à l’électronique par le duo Vernet-Meckler

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BWV². Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Toccata & Fugue en ré mineur BWV 565 ; Invention no 8 en fa majeur BWV 779 [arrgmt Vernet-Meckler] ; Concerto Brandebourgeois no 3 en sol majeur BWV 1048 ; Sei gegrüsset, Jesu Gütig BWV 768 [arrgmt Niels Gade] ; Prélude en ré mineur BWV 875 [Clavier bien Tempéré, arrgmt Ignaz Moscheles] ; Concerto pour deux claviers en ut majeur BWV 1061 [arrgmt Cyril Scott] ; Chaconne de la Partita en ré mineur BWV 1004 [réarrgmt Vernet-Meckler]. Swinging Bach [arrgmt Porter Heaps et Loyd Norlin]. Charles Balayer (*1957) : Bach Chat. Olivier Vernet, Cédric Meckler, synthétiseurs, orgues virtuels, orgues de la cathédrale d’Évreux, de l’église Saint Charles de Monaco, de l’église Saint-Vincent de Roquevaire. Livret en français, anglais. Septembre-octobre 2025. 79’29’’. Ligia R-999

Ursina Maria Braun se confronte à Bach et nous fait découvrir les Préludes pour violoncelle de Sofia Goubaïdoulina 

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Jean-Sébastien Bach (1685 -1750) : “Allemandes” extraites des Suites pour violoncelle (seul n° 1, 2, 3, 4, 6. Suite n°5 Sofia Goubaïdoulina (1931-2025) : Dix Préludes pour violoncelle seuls. Ursina Maria Braun, violoncelle. 2025. Textes de présentation en allemand et anglais. 72’11’’.  Audite 97.830

Impressions ternaires

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Entendu à la radio le jour de l’Épiphanie une chronique sur le chiffre trois, à propos des rois Mages bien sûr. La chronique était intéressante et ouvrait des horizons sur l’omniprésence de ce chiffre : les trois petits cochons, les trois consuls, les trois mousquetaires, les trois suisses, trois petits tours et puis s’en vont… Bref le chiffre trois est partout. Et en musique, qu’en est-il ?

L’Amour des trois oranges (Prokofiev), les Trois Petites Liturgies de la Présence Divine (Messiaen), la Symphonie en trois mouvements (Stravinski), Trois Valses (l’opérette d’Oscar Straus, celui qui s’était privé d’un second S pour éviter toute confusion avec les autres Strauss), les Trois Valses distinguées du précieux dégoûté (Satie), sans parler de tous les cycles de mélodies qui marchent par trois, ils sont légion. Au rayon des triptyques en tous genres, ce sont les « Trois Pièces » et leurs homologues allemands (généralement pour piano) « Drei Klavierstücke » qui remportent la palme. Mais les moments (musicaux bien sûr), les études, les danses ou les esquisses (à commencer par La Mer de Debussy) ne se défendent pas mal. J’allais oublier l’Opéra de quat’sous ; l’original allemand n’en comporte que trois (Die Dreigroschenoper). Probablement un problème de change, le sou allemand de l’époque devait être mieux coté.

Trois, c’est le chiffre de l’accord parfait. Donc, aucun doute, nous tenons là le chiffre fondamental. Mais on risque de s’ennuyer avec la perfection. Certains musiciens ont donc eu l’idée de s’en écarter, parfois. Et ce qui n’était au début qu’une petite escapade va vite devenir une révolution. L’accord parfait, symbole de la consonance, s’en trouve renversé, altéré, enrichi, augmenté, bref la dissonance gagne du terrain avec des chiffres aux intentions clairement hostiles : six, sept, neuf, et même au-delà : des nombres, onze, treize. De quoi y perdre son latin. Pourtant, le trois résiste, dans l’ombre, au cœur de tous ces nouveaux accords. Il sait qu’il est éternel.

 A l’Opéra Bastille, un Notre-Dame de Paris marqué par le temps

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Pour les fêtes de fin d’année, l’Opéra Bastille a affiché, pour 19 représentations, Notre-Dame de Paris, ballet en deux actes et treize tableaux conçu par Roland Petit qui en assura la chorégraphie, la mise en scène et le livret d’après le roman de Victor Hugo, alors que Maurice Jarre élaborait la musique, René Allio, les décors, Yves Saint Laurent, les costumes, Jean-Michel Désiré, les lumières. La création du 11 décembre 1965 au Palais Garnier voyait Roland Petit lui-même incarner Quasimodo, tandis que Claire Motte campait Esmeralda, Cyril Atanassoff, Claude Frollo et Jean-Pierre Bonnefous, le beau Phoebus.

Remonté aujourd’hui par Luigi Bonino, assistant de Roland Petit, devenu, depuis le décès du chorégraphe, responsable artistique de l’ensemble de son œuvre, ce ballet de 95 minutes paraît quelque peu daté par sa gestuelle stylisée, sa volonté de faire cohabiter music-hall et violence, ses pas de deux démesurément longs par rapport aux scène de foule, bien plus probantes, et sa partition recourant à une abondante percussion dont le modernisme semble terni, même si aujourd’hui Jean-François Verdier à la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris s’ingénie à en revivifier le coloris.