Lorin Maazel en jeune premier de la baguette à Berlin

par

Lorin Maazel – The Radio-Symphonie-Orchester Berlin Recordings. 1957-1966. Livret en anglais. Decca Eloquence. 4844904

Decca Eloquence réédite les enregistrements de Lorin Maazel au pupitre du Radio-Symphonie-Orchester Berlin désormais Deutsches Symphonie-Orchester Berlin,  dont il fut le chef d’orchestre entre 1964 et 1975.  

Au début des années 1960, rien ne résiste à l’ex-enfant prodige américain dont la carrière se développe à une vitesse vertigineuse tout en entrant dans l’histoire :  à seulement 30 ans, il devient le plus jeune chef, et le premier Américain, à diriger au festival de Bayreuth (Lohengrin). En 1963, il fait ses débuts au festival de Salzbourg au pupitre des Wiener Philharmoniker. 

En 1964, il succède à Ferenc Fricsay à la tête du Deutsche Oper de Berlin et du Radio-Symphonie-Orchester de Berlin.  Lorin Maazel n’était pas un inconnu au pupitre du Radio-Symphonie-Orchester Berlin. En effet, depuis 1955, il était un invité régulier et apprécié de la phalange et du public et il avait déjà gravé des albums pour DGG. Dès lors, c’est tout naturellement que le management de l’orchestre, le nomme au poste de directeur musical peu de temps après le décès de prématuré de Ferenc Fricsay. Désigné début 1964, Maazel inaugure son mandat, en septembre 1965, avec son Radio-Symphonie-Orchester Berlin en programmant la Messe en si de Bach, aussitôt enregistrée pour le label Philips avec lequel le maestro vient de signer un contrat pour plusieurs enregistrements.

Les gravures pour la firme néerlandaise composent l’essentiel de ce coffret et c’est ainsi réjouissant de retrouver ces gravures passablement oubliées. En effet, si le legs de Maazel avec DGG est bien connu au fil des multiples rééditions y compris en coffrets monographiques, les albums Philips n’ont jamais été disponibles avec régularité tant en physique qu’en numérique. 

Clarté et rythmique 

A l’écoute de ce coffret, on comprend la force de la vision artistique et le charisme de la baguette de Maazel. Prenons les premiers enregistrements DGG dans des oeuvres de Stravinsky (Suite de l’Oiseau de feu et Chant du Rossignol), de Falla (L'Amour sorcier avec Grace Bumbry et le Tricorne)  ou Franck (Symphonie en ré mineur). On découvre une baguette d’une très grande précision, à la fois virtuose dans sa capacité à galvaniser les dynamiques mais aussi élégante dans le soin des équilibres. Les Stravinski sont des modèles de classe avec une importante aux équilibres entre les pupitres et une palette de couleurs intense. Nous ne sommes pas ici dans une lecture fauviste saturée de lumières, mais dans un étalement des couleurs qui soutient une narration. Le chant du Rossignol est une immense référence discographique dans la maîtrise des différents moments de la partition sans jamais se montrer froid ou analytique. Autre grande réussite, une Symphonie en ré mineur de César Franck, mobile, lumineuse et conquérante.  Lorin Maazel dégraisse le mammouth lui rendant une énergie latine. C’est une lecture à la française, mais avec un orchestre bien discipliné auquel Maazel insuffle sa pâte personnelle.  

La direction de Maazel accorde une grande importance à la lisibilité et si l’on écoute les symphonies de Mozart (n°38 à n°41), on apprécie la clarté du dialogue entre les pupitres, en particulier des bois qui semblent échanger comme dans un opéras.  Sa direction est théâtrale, jamais brusquée et permet à la musique de s'écouler avec un naturel. Les tempi, plutôt rapides selon les critères de l’époque soutiennent cette vision rapide, vive et encore une fois galvanisante. Enfin, quadrature du cercle, une lecture de la Symphonie du Nouveau monde de Dvořák, rapide, dégraissée mais finement musicale. A écouter cet album, on peine à  croire que c'est la même chef qui réenregistra la même œuvre avec les Wiener Philharmoniker pour DGG près de 15 ans plus tard…où toutes ces qualités se sont effacées. 

Maazel en pionniers sur lectures historiquement informées ? 

Une large part des enregistrements de cet album sont dévolues à des oeuvres de Bach (Concertos brandebourgeois, Suites pour orchestre, Messe en si et extraits de l'Oratorio de Pâques), Haendel ( Music for royal Fireworks et Water Music) et Pergolèse (Stabat Mater).  On aurait pu craindre des interprétations figées dans ces conceptions artistiques du passé. Or, il n’en est rien. Le style de Maazel combine contrastes de vitesse, finesse des cordes et précision des attaques pour produire un Bach altier et léger. Certes, c’est éloigné des principes actuels, mais cela sonne malgré tout frais et donne envie de réécouter ces albums. L’effectif instrumental sonne plutôt avec une belle caractérisation des morceaux. La Messe en si (avec Teresa Stich-Randall,  Anna Reynolds,  Ernst Haefliger, John Shirley-Quirk et le RIAS-Kammerchor) séduit par sa vision au fil de la partition et la vivacité du chef. Le Stabat Mater de Pergolèse est quant à lui porté par un duo fabuleux composé d’Evelyn Lear et Christa Ludwig. 

Une qualité sonore exceptionnelle 

Malgré le poids des ans, ces albums présentent, surtout les gravures Philips, une qualité de son exceptionnelle. Les ingénieurs de Philips avaient trouvé un lieu acoustiquement optimal dans une église, en banlieue de Berlin.

En effet, pour DGG, l'orchestre enregistrait à la Jesus-Christus-Kirche du quartier de Dahlem au sud-est de la ville. Chasse gardée de Karajan, la nouvelle philharmonie était impossible à utiliser et les équipes de Philips voulaient trouver un lieu, bien à elles pour enregistrer. Dès lors, ils ont déniché la  Johannesstift dans le quartier de Spandau. Les enregistrements qui y furent réalisés sont des miracles  de beauté sonore et de richesse des timbres. L’équilibre entre les solistes vocaux et les instrumentistes est également un immense motif de satisfaction. 

Un coffret de grand intérêt qui s’il n’est pas indispensable documente une période bénie de l’art de l’art de Lorin Maazel tout en rendant justice à la mémoire du travail des ingénieurs du son de Philips.   

Note globale : 9 

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