Santtu-Matias Rouvali, un chef qui ose parler à la première personne pour aller au cœur des œuvres
Chef du philharmonique de Tampere de 2013 à 2023, directeur musical du Symphonique de Gothenburg de 2016 à 2025, directeur musical depuis 2021 du Philharmonia à Londres, Santtu-Matias Rouvali dirigera ce dernier à Bruxelles le 24 janvier prochain et reviendra à Bozar le 16 mai à la tête du Royal Concertgebouw d’Amsterdam. Il fait le point pour Crescendo-Magazine sur cet impressionnant début de carrière.
Comment expliquez-vous l’incroyable émergence de chefs d’orchestres finlandais ?
Il y a sans doute plusieurs raisons mais il faut saluer en premier lieu, la qualité de notre enseignement musical (ndlr : lui-même a suivi les cours de Leif Segerstam, Hannu Lintu et Norma Panula). Leur message était très clair : vous devez être vous-même face à un orchestre, quel qu’il soit ; un orchestre de jeunes, un ensemble régional ou une grande phalange internationale.
A partir de là, il faut saluer le grand nombre d’orchestres finlandais qui permet à tout jeune candidat de se faire la main avec un orchestre, ce qui dans d’autres pays peut être très compliqué. Ces musiciens, très professionnels, sont très attentifs à soutenir les demandes des jeunes chefs. Ajoutons encore qu’ils reçoivent de l’argent du gouvernement pour travailler avec de jeunes chefs et vous conclurez que l’environnement est extrêmement favorable à l’éclosion de jeunes talents originaux.
Vous-même avez commencé votre carrière musicale comme percussionniste, une démarche que l’on rencontre aujourd’hui de plus en plus chez les chefs d’orchestre.
Cette pratique est très utile pour comprendre la battue qui doit conduire la musique. Pour ma part, je me suis spécialisé dans des instruments très mélodiques comme le marimba ou le xylophone qui vous intègre dans l’harmonie d’un morceau. Nombre de compositeurs du 21e siècle cultivent à nouveau l’harmonie et la mélodie. C’est pour moi un développement essentiel.
Plutôt que de courir le cachet en sautant d’un orchestre à l’autre, vous avez privilégié des relations stables avec les orchestres avec lesquels vous travaillez comme chef invité régulier ou directeur musical.
Il est essentiel de travailler sur le long terme pour réussir une juste osmose entre votre personnalité et celle de l’orchestre. Avec chaque orchestre, on crée ainsi une entité originale qui peut aller plus loin dans le service de la musique tel que vous le concevez.
Comment se passe votre aventure avec l’orchestre Philharmonia qui a connu nombre de grands chefs permanents de Karajan et Klemperer à Muti, Dohnanyi ou Salonen ?
Ils sont incroyablement réceptifs aux demandes d’un chef. Ces instrumentistes sont doués et très expérimentés. Ils peuvent se satisfaire d’un petit nombre de répétitions et travaillent très vite. Leur vie est pourtant très dure. Les prix de l’immobilier à Londres les forcent souvent à habiter loin de leur lieu de travail mais ils acceptent le challenge. Londres possède une très riche offre orchestrale et cette concurrence les pousse sans cesse à être les meilleurs.
Certains vous reprochent parfois le côté trop spectaculaire de vos interprétations. Qu’en pensez-vous ?
Je suis tout sauf un conservateur et ne cherche pas à m’inscrire dans de longues traditions. Ma démarche fondamentale est de toujours revoir les choses à la base. Quel intérêt cela peut-il avoir de copier ce qui a déjà été fait tant de fois ? Je crois qu’il y a toujours de nouvelles choses à trouver dans une partition et c’est en les recherchant que j’entends livrer mon interprétation d’une œuvre.
C’est en tout cas l’impression que dégage votre intégrale des symphonies de Sibelius avec l’orchestre de Gothenburg (Alpha).
Je souhaitais interroger les partitions en profondeur et j’ai constaté qu’elles regorgent de petits détails qui balisent le terrain et que négligent de nombreux musiciens. Or il se fait qu’ils jouent un relais fondamental dans le développement organique de la musique dans lequel Sibelius bâtit sa musique.
Propos recueillis par Serge Martin
Crédits photographiques : Camilla Greenwell