Intemporels

Les dossiers.
Les graines de curieux : les découvertes un peu piquantes de la musique.
Musiques en pistes : pour une écoute active de la musique. Analyse et exemples sur partitions et écoutes d’extraits.
Focus : un événement particulier dans la vie musicale

Baroque m’a tuer 

par https://cum.bar/

La nouvelle est tombée comme une douche froide sur le milieu musical : l’annonce de la dissolution par son fondateur Hugo Reyne de l’ensemble baroque français la Simphonie du Marais. Ce brillant musicien jette donc l’éponge après 33 ans de combat pour créer, imposer et faire survivre cet ensemble. Appartenant à la première génération des ensembles spécialisés, la Simphonie du Marais peut s’enorgueillir d’un parcours artistique exemplaire et sans concession au service du répertoire baroque, principalement français. La riche discographie de l’ensemble témoignera toujours de cette intransigeance envers la qualité éditoriale et musicale. Il n’empêche, après plusieurs décennies de lutte pour survivre, Hugo Reyne se déclare fatigué : “Il faut toujours se battre, il y a un combat à mener, et c'est vraiment ça qui est compliqué pour faire vivre un ensemble baroque.”  

Crescendo, fréquentation, déclinaison des jokers et digital 

par https://cum.bar/

En octobre, vous avez été 38 976 à lire Crescendo Magazine, il s’agit d’un record de fréquentation sur le site, un chiffre qui témoigne de l’intérêt croissant pour nos parutions. Nous tenons à vous remercier de votre fidélité et vos retours positifs sur nos publications. Si la France, la Belgique et la Suisse composent le trio de tête du lectorat, les Etats-Unis et l’Allemagne complètent ce top 5, preuve d’un intérêt au-delà des mers et de la langue française pour les actualités liées à la musique classique. 

Depuis la rentrée, plusieurs rédactrices et rédacteurs ont publiés leurs premiers articles sur le site. Nous souhaitons la bienvenue à Clara Inglese, Gabriele Slizyte, Jean Lacroix, Carlo Schreiber, Jean-Pierre Saussus. D’autres nouveaux rédacteurs vont également nous rejoindre et vous pourrez les lire en ce mois de novembre. Il nous tient particulièrement à coeur de renforcer notre équipe de rédaction et l’appel à candidats lancé en septembre est toujours d’actualité. 

Dans le prolongement de l’évolution récente de notre logo, nous sommes heureux de vous proposer une déclinaison des jokers pour affiner l’identification des parutions méritantes qui se détachent de l’intarissable torrent des nouveautés. Le Joker de Crescendo est désormais décliné en trois catégories : 

Gaetan Le Divelec, agent artistique 

par https://cum.bar/

Gaetan Le Divelec est l’un des hauts responsables de l’agence artistique londonienne Askonas Holt, l’une des majors internationales du management artistique. Hautboïste de formation, ce natif de Nantes évoque pour Crescendo son parcours, les évolutions du marché de la musique et le Brexit et ses conséquences. 

La première question est simple. Qu’est-ce qui vous a orienté vers le management d'artistes ? 

En 1989, alors que je terminais mes études à la Royal Academy of Music, j’ai eu la chance de rejoindre les rangs d’un orchestre de chambre constitué de jeunes musiciens de mon âge, le Parnassus Ensemble. C’était un ensemble dynamique, qui surfait sur la vague de libéralisation qui venait d’être déclenchée par le gouvernement de Margaret Thatcher (que par ailleurs j’abhorrais !) : l’auto-entreprise était encouragée, les contraintes administratives quasi-inexistantes. Parnassus était depuis sa création un orchestre en autogestion, et j’ai vite rejoint l’équipe de 4 ou 5 de mes collègues qui assurait l’organisation des activités de l’orchestre, tout en y jouant. Le plus vieux d’entre nous avait probablement 25 ans, nous avons enregistré, tourné jusqu’au Japon, sommes devenus l’orchestre privilégié de Hans Werner Henze qui nous invitait à tous les festivals où sa musique était mise en avant. Les Cantiere Internazionale d’Arte de Montepulciano sont devenus notre résidence estivale. Mon rôle était focalisé sur l’organisation de nos tournées en Europe. Ce fut ma première opportunité de m’essayer au management artistique, et j’aimais ce rôle de facilitateur : je prenais plaisir à apporter aux publics une musique en laquelle je croyais, et je prenais plaisir également dans le fait que mon travail contribuait à aider les jeunes musiciens talentueux qui m’entouraient à générer un peu de revenus supplémentaires. Nous étions tous free-lance, un concept relativement nouveau à l’époque, et chaque livre sterling, chaque concert, chaque tournée comptait. 

De L’uberisation, du classique et des compositeurs ! 

par https://cum.bar/

Le site de notre confrère Norman Lebrecht annonçait vendredi la fin des activités de l’éditeur de partition américain Kalmus. Fondé en 1926 à New York par le Viennois Edwin F. Kalmus, l’éditeur s’était fait une spécialité des parutions d’oeuvres tombées dans le domaine public aux Etats-Unis, réimprimées à l’infini pour être vendues à des tarifs plutôt bas. Plusieurs générations de musiciens ont eu dans les mains ces partitions à la couverture facilement identifiable, pour le meilleur et souvent pour le pire tant ces partitions n’avaient jamais apporté la moindre plus-value éditoriale en ne corrigeant pas les erreurs et les fautes d’impression les plus connues des praticiens. Mais à l’heure d’internet et surtout d’Imslp, ce business model est rapidement devenu complètement obsolète même avec des coûts de production des plus bas ! Pourquoi payer pour ce que l’on peut avoir gratuitement ? A regarder la situation de l’édition musicale de partitions libres de droits, seule la plus-value éditoriale des Urtext peut s’avérer un tant soit peu rentable tout en comblant un besoin des professionnels. On est dans un schéma économique classique, seul le “premium” peut résister alors que le “bas de gamme” est concurrencé par une offre gratuite qui élimine naturellement ceux qui ne sont plus compétitifs ! On rejoint ce que l’économiste Joseph Schumpeter appelait la “ destruction créatrice” : certains secteurs s'effondrent alors que d’autres apparaissent. Mais voyons plus loin la situation dans la composition. 

Mari Kodama, Beethoven concertant

par https://cum.bar/

La pianiste Mari Kodama publie une intégrale des concertos pour piano de Beethoven sous la baguette de Kent Nagano. Dans un contexte discographique imposant, ce coffret retient notre attention car il intègre le très rare concerto n°0. La pianiste revient sur cette oeuvre et sur Beethoven, un compositeur qui l’accompagne au quotidien. 

Dans votre intégrale des concertos pour piano de Beethoven, vous avez enregistré le concerto n°0. Pourquoi avez-vous décidé d’ajouter cette œuvre à l’intégrale des concertos n°1 à n°5 ?

2020 est une année spéciale pour célébrer le 250e anniversaire de Beethoven. Le Concerto n ° 0 est à peine joué car sa musique n'a pas été complètement orchestrée et finalisée par Beethoven lui-même. Cependant, les notes racontent beaucoup sur Beethoven en tant qu'adolescent. À l'âge de 13 ans et vivant toujours à Bonn, il maîtrisait déjà parfaitement les compétences de composition. On peut déjà entendre et surtout ressentir ce qu’il va devenir plus tard : un compositeur visionnaire plein de chaleur et de force.

Philippe Albèra, Contrechamps 

par https://cum.bar/

Le musicologue Philippe Albèra a fondé Contrechamps en 1977. Depuis lors, cet ensemble helvétique et les éditions qui lui sont associées se sont imposés comme des piliers de la diffusion de la musique contemporaine en Europe, créant un duopole unique dans le monde de la musique. À l’occasion du lancement d’une nouvelle collection de poche, il revient sur les activités d’édition de Contrechamps. 

Vous lancez une collection de poche centrée sur des grands classiques de la modernité. Le premier titre est consacré à György Ligeti et ses “Etudes pour piano”. Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer cette nouvelle collection ? 

Il s'agit d'attirer l'attention sur les grandes œuvres de la modernité en proposant une approche qui puisse à la fois s'adresser à l'honnête homme désireux de comprendre les enjeux de la création et aux étudiants ou aux spécialistes qui ont besoin d'une telle documentation. Cela s'inscrit dans l'effort des éditions Contrechamps d'offrir différentes sortes de médiations capables de replacer la musique contemporaine au cœur des préoccupations intellectuelles et artistiques. Tous les livres de cette collection seront des commandes à des auteurs, et donc des textes inédits. Le format de poche permet par ailleurs de proposer des livres à un prix très abordable.

Les parutions des éditions Contrechamps sont toujours du haut de gamme éditorial avec une grande exigence qualitative. Est-ce que c’est une application des valeurs suisses à l’édition ?

J'y vois plutôt le souci légitime de la qualité, rendu possible par un soutien institutionnel qui compense la non-rentabilité absolue de l'entreprise ! 

Rencontre avec le compositeur-chef d’orchestre Peter Eötvös,

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Le 4 octobre dernier, Peter Eötvös marqua les esprits du public de Flagey lors d’une soirée exceptionnelle au cours de laquelle il dirigea avec brio Barbe-Bleue de Béla Bartók, ainsi qu’un opéra de sa propre plume, Senza Sangue. Nous renvoyons nos lecteurs à la chronique de ce concert, que nous n’avons bien entendu pas manqué de relayer sur ce site.

Le 3 octobre, cette figure incontournable de la musique des XXe et XXIe siècles nous a fait l’honneur d’une rencontre à son hôtel à Bruxelles. Nous avons été frappé par la simplicité et l’amabilité du personnage qui, avant que débute l’interview, relata brièvement l’agréable soirée qu’il avait passée la veille au Chou de Bruxelles. Il y avait invité les chanteurs. 

Compositeur, chef d’orchestre et pédagogue hongrois, Peter Eötvös est né en 1944 en Transylvanie. De 1968 à 1976, il dirigea fréquemment le Stockhausen Ensemble. En 1978, Pierre Boulez l’invite à reprendre la direction musicale de l’Ensemble Intercontemporain, qu’il délaisse en 1991, date à laquelle il fonde l’International Eötvös Institute qui, comme la Eötvös Contemporary Music Foundation créée en 2004, se consacre à former les jeunes chefs et compositeurs. Le compositeur allemand Helmut Lachemann a salué en lui "l’un des rares esprits absolument indépendants" du monde musical occidental; "l’un des rares parce qu’indépendant aussi de lui-même. Car malgré toute la rigueur et la discipline perceptibles derrière son imagination sonore unique de même que derrière son humanité souveraine, lui et son art vivent d’un étonnement toujours prêts à l’aventure".

Frédéric Vitteaud, régisseur général de l'OPMC

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Crescendo Magazine poursuit sa rencontre avec les métiers de la musique. Après Mathilde Serraille, bibliothécaire au Melbourne Symphony Orchestra, cette nouvelle étape nous emmène à la découverte du métier de régisseur général avec Frédéric Vitteaud, titulaire de cette fonction auprès de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, l’un des grands orchestres européens, phalange qui assure la saison symphonique et les services d’opéras et de ballet monégasques et que l’on retrouve régulièrement en tournée à travers le monde.

Vous êtes régisseur général de l’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo ? Comment vous êtes-vous orienté vers ce métier ?

Depuis toujours, j’ai voulu travailler dans le milieu la musique. Le brevet de technicien des Métiers de la Musique (BT Musique) proposé par le Lycée de Sèvres et les enseignements précieux qui y étaient dispensés par Gilbert Villedieu et Jeanne Lachaux m’offraient cette orientation ainsi que beaucoup d’autres dans le domaine du spectacle.

Après le lycée, je suis allé en musicologie. A l’époque je prenais encore des cours au conservatoire et l’un de mes professeurs, Jo Capolongo, m’a dit « qu’on recherchait quelqu’un chez Colonne ». Je pensais qu’il s’agissait d’un job occasionnel les soirs de concerts, mais l’Orchestre Colonne m’a rapidement proposé un engagement de plusieurs mois et comme je m’ennuyais un peu en musicologie, j’ai accepté.

Après deux ans chez Colonne (ou on apprend à tout faire !), j’ai travaillé comme intermittent pendant 6 ans dans les grands orchestres de la capitale, à Radio-France, à l’Orchestre de Paris, à Bastille et àGarnier. J’ai aussi collaboré avec l’Orchestre du Capitole de Toulouse, notamment en leur procurant tous les instruments et les pupitres lors de leur venue à Paris en novembre 1996, lorsque les routiers avaient bloqué les routes. A la même époque, j’ai aussi un peu aidé aux débuts du Festival de Pâques de Deauville.

Pierre Barrois m’a ensuite confié la direction technique de l’OFJ. C’est lors de sessions de l’OFJ avec Marek Janowski -que je connaissais déjà assez bien du Philhar- que le Maître m’a conseillé de postuler à Monte-Carlo où il venait d’être nommé et où un poste allait bientôt se libérer. Marek Janowski a quitté Monte-Carlo quelques années plus tard et moi je suis resté.

Dans les grands vents d’automne, Giya Kancheli s’en est allé

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À quoi mesure-t-on la grandeur d’un artiste ? À l’incompréhension dont font l’objet ses œuvres, par hypothèse en avance sur leur temps ? Que penser alors d’un Liszt ou d’un Paganini, ou encore, plus proches de nous, d’un Wolfgang Rihm, d’un John Adams ou d’un Penderecki ? À la complexité de son langage artistique ? Que penser alors du Mozart de l’Ave Verum ou du Requiem ? À son refus de jouer la carte de l’émotion ? Dans ce cas, que penser d’un Chopin ou d’un Wagner ?

Si la valeur d’un artiste se mesure davantage à sa force de caractère et à son indépendance d’esprit, à la conviction avec laquelle il colporte son message, à la sincérité de sa démarche artistique et à sa volonté de communier aux questionnements de ses semblables, alors, c’est sûr, c’est un grand homme qui vient de nous quitter. 

Florian Noack, sur les traces de Prokofiev 

par https://cum.bar/

Crescendo Magazine suit particulièrement le pianiste belge Florian Noack. Prix du Jeune musicien 2017 de l’Union de la presse musicale, lauréat d’un International Classical Music Award pour son précédent disque, notre jeune compatriote sait combiner la pertinence éditoriale et les qualités musicales. Dans un contexte musical pléthorique, les propositions musicales de Florian Noack se distinguent et séduisent. Alors qu’il sort un album Prokofiev, il nous explique la genèse de ce projet.

Pour votre deuxième album pour le label La Dolce Volta vous présentez un programme 100% Prokofiev ! Qu’est-ce qui vous a porté vers ce compositeur ? 

Plusieurs choses : à la fois l'envie et l'intuition qu'il était temps pour moi de m'attaquer, au disque, à un compositeur disons "majeur" du répertoire, et une affinité de longue date avec sa musique. L'impression aussi que, dans un certain imaginaire collectif (y compris le mien), on a peut-être spontanément tendance à associer Prokofiev à une esthétique assez dissonante ou percussive, et que ce préjugé (partiel et certes dû à certaines oeuvres extrêmement marquantes comme les Sarcasmes ou la Toccata) occulte d'autres visages du compositeur (le nostalgique, le rêveur, le féérique...). C’est un peu vers ces autres facettes que j'avais aussi envie de me tourner.

Sur ce disque, il y a des pièces connues, les Visions fugitives ou la Sonate n°6, mais aussi des raretés comme les Quatre études pour piano et les Contes de la vieille grand-mère. Comment avez-vous découvert ces oeuvres ? 

L'essentiel de ma connaissance du répertoire pianistique provient de l'ouvrage "La musique de piano" de Guy Sacre qui a été (et qui est toujours) mon compagnon d'exploration musicale. En l'occurrence, je connaissais les Études depuis longtemps, je les avais jouées lorsque j'avais 16 ans. La Sonate m'a été "révélée" vers mes 18 ans en écoutant le cours que mon professeur d'alors, Vassily Lobanov, donnait à une autre élève de la classe. Les Visions fugitives restaient une oeuvre un peu abstraite pour moi jusqu'il y a peu (je les connaissais depuis longtemps mais c'est peut-être le cycle que j'ai réellement découvert le plus récemment). Et les Contes de la vieille grand-mère m'ont été suggérés par mon épouse (je connaissais mal ce cycle-là).