Soirée magistrale avec Simon Rattle et le BRSO à Luxembourg 

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Ce lundi 17 novembre se tient le concert de l’Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise (BRSO) à la Philharmonie de Luxembourg. La phalange bavaroise, actuellement en tournée européenne, est placée sous la direction de Simon Rattle, son directeur musical depuis la saison 2023/2024. Deux œuvres figurent au programme de la soirée : Taras Bulba de Leoš Janáček et la Symphonie n° 7 en mi mineur, WAB 107, d’Anton Bruckner. Il s’agit d’une association audacieuse proposée par Rattle, qui perçoit chez les deux compositeurs une nature extatique et profondément aimante, donnant naissance à une véritable conversation entre ces deux œuvres.

Le concert débute avec Taras Bulba de Janáček, rhapsodie pour orchestre composée entre 1915 et 1918 et inspirée de la nouvelle éponyme de Nikolaï Gogol. L’œuvre, en trois mouvements, retrace des épisodes tragiques de la vie du cosaque Taras Bulba et de ses deux fils. On y retrouve la force expressive caractéristique du compositeur, que le BRSO restitue avec une intensité remarquable. L’orchestre navigue avec aisance entre les épisodes narratifs, passant d’élans héroïques à des moments plus délicats ou empreints de mysticisme. Mention spéciale pour le solo de cor anglais ouvrant le premier mouvement, les interventions d’une grande justesse du premier violon solo tout au long de la pièce, ainsi que le malicieux solo de clarinette mib, brillamment exécuté. Porté par le langage orchestral incisif de Janáček, Rattle met en valeur des contrastes marqués qui renforcent la tension dramatique et culminent dans les élans grandioses du finale.

Après l’entracte, place à un mastodonte de la musique romantique germanique : la Symphonie n° 7 en mi mineur, WAB 107, d’Anton Bruckner. Composée entre 1881 et 1883, cette symphonie est sans doute l’une des plus célèbres du compositeur autrichien et connut un succès immédiat lors de sa création en 1884. L’œuvre constitue un hommage appuyé à Wagner, pour lequel Bruckner éprouve une profonde admiration. Le splendide Adagio, dans lequel il intègre quatre tubas wagnériens, lui est d’ailleurs dédié.

L’interprétation proposée par la Radio bavaroise et Simon Rattle est de la plus grande qualité. Le chef, parfaitement à l’aise dans cette œuvre, conduit l’orchestre avec clarté et musicalité. Le premier mouvement, majestueux et imposant, cède la place à un Adagio élégiaque et méditatif, d’une beauté saisissante. Le Scherzo qui suit, énergique et dansant, prépare le terrain pour un finale triomphant et lumineux, où l’orchestre s’élève dans un éclat jubilatoire. La construction des quatre mouvements est remarquable : chaque progression est soigneusement menée, et la tension se développe naturellement jusqu’aux points culminants, notamment dans le deuxième mouvement, dont l’intensité est parfaitement maîtrisée.

Il faut également mentionner le travail remarquable effectué sur les dynamiques : les piani sont délicats et à peine audibles, tandis que les fortissimi restent pleins et soutenus sans jamais paraître forcés. Les différents pupitres dialoguent avec équilibre : les cordes proposent un son homogène et chaleureux, et les vents se distinguent par la clarté et la précision de leurs interventions. Au terme de cette interprétation d’une grande justesse musicale, le public salue longuement les artistes : une ovation pleinement méritée.

Luxembourg, la Philharmonie, le 17 novembre 2025

Thimothée Grandjean

Crédits photographiques : Olivier Helbig

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