Sur un virginal vénitien, anthologie tirée des manuscrits de Castell’Arquato

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Æmilia. Musique pour clavier de la Renaissance des manuscrits de Castell’Arquato. Œuvres de Marco Antonio Cavazzoni (c1475-c1570), Jacopo da Fogliano (1468-1548), Giuseppe Villani (c1519-c1591), Claudio Maria Veggio (c1505-c1557), Giulio Segni (1498-1561) etc. Andrea Chezzi, virginal. Décembre 2024. Livret en anglais, italien. 61’48’’. Da Vinci C01118

Située entre Plaisance et Parme, la commune de Castell’Arquato a conservé son cachet médiéval. Administrateur d’un groupe Facebook consacré aux orgues et clavecins anciens de l’Émilie-Romagne, et spécialiste de ce répertoire, Andrea Chezzi s’est penché sur les précieuses archives conservées à l’église collégiale de cette cité viticole. Étudiés et édités par le musicologue américain Colin Slim, et désormais accessibles sur le web, ces manuscrits préservent un lot de musique pour clavier, s’étendant de la première moitié du Cinquecento jusqu’au début du XVIIe siècle.

En excluant les pièces liturgiques plutôt vouées aux tuyaux, le récital investigue ici le genre du ricercar, une série de danses d’auteurs anonymes, et des transcriptions inspirées par Adrian Willaert (c1490-1527) ou Domenico Maria Ferrabosco (1513-1574). Les pages chorégraphiques relèvent de brèves partitions d’origines populaires ou pittoresques, ancrées dans le terroir local (La Delfina, Gazollo, Il Puliselo, La Moretta, Il Cramoneso, Il Caselle, Il Milaneso, La Pose Borella, Liciolo…), ou renvoient à des contextes aristocratiques sans doute liés aux festivités de la dynastie Farnese. Parmi les triptyques, on trouve une Pavane-Saltarelle-La Tedeschina dérivée de la célèbre chanson de Clément Janequin évoquant la Bataille de Marignan, dont l’air a pu circuler jusque Castell’Arquato par l’entremise du luth de Francesco da Milano (1497-1543).

La sélection de ricercari et ricercade illustre plusieurs compositeurs actifs en Italie du Nord (Bologne, Modène, Plaisance). Marco Antonio Cavazzoni (père de Girolamo), Jacopo da Fogliano, Claudio Maria Veggio, Giulio Segni dévoilent leur invention dans cette libre forme, propice à l’expérimentation polyphonique, harmonique, ornementale. En novembre 2021, l’équipe Tasto Solo de Guillermo Pérez avait déjà puisé à ce recueil, insérant quelques intermèdes instrumentaux au sein de son album Eros & Subtilitas (Alia Vox).

Andrea Chezzi s’en remet ici à un virginal d’époque, attribué au facteur vénitien Vido Trasuntino, restauré par Marco Brighenti et capté à Parme dans les ateliers de celui-ci. L’acoustique étroite, la proximité des micros laissent peu d’espace à l’épanouissement sonore mais favorisent un contact intimiste et prégnant avec les cordes. Sans sursaut mais sans mollesse, le discours profite du phrasé vigoureux et expérimenté de l’interprète, que nous avions déjà apprécié dans son anthologie autour de Bernardo Pasquini (Urania, juin 2023). Il nous offre ici un convaincant aperçu des genres et styles que visitent ces fascicules émanés du patrimoine musical de sa province natale.

Christophe Steyne

Son : 8,5 – Livret : 8,5 – Répertoire & Interprétation : 8,5

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