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Une tragédie tranquillisée

par

Voilà un titre dont il convient d’expliciter le paradoxe à propos du Roméo et Juliette de Charles Gounod actuellement représenté à La Monnaie.

Tragédie il y a, celle de ces deux jeunes gens dont on ne cesse de reprendre ou de décliner la terrible histoire. Leurs familles se haïssent, ils s’aiment, ils en mourront. Avec évidemment quelques-unes de ces péripéties et de ces coups du sort nécessaires au drame. Roméo tue Tybalt qui a tué son ami Mercutio ; il croit Juliette morte et se tue ; elle le rejoint dans la mort. C’est évidemment Shakespeare qui a porté la tragédie en son plus haut degré d’incandescence. Quelle exacerbation des passions, quelle poésie des dialogues amoureux, quelle fatalité exaltée !

Cette terrible tragédie, Charles Gounod l’a reprise, mais il l’a, pour moi, tranquillisée, il en a fait un ravissant objet musical. Ah ! comme elle est belle cette musique, comme ils sont beaux ces airs, comme il chante l’orchestre dans les délicatesses de l’orchestration. Mais manquent l’âpreté, l’urgence, la violence. On est séduits, on n’est pas interpellés, on n’est pas bouleversés.

Cette partition, Valentina Peleggi l’a servie au mieux, et – je pouvais la voir diriger - de façon très concentrée, très sérieuse, sans grandes démonstrations, à l’image de la représentation.

Cette terrible tragédie, Julia Burbach l’a, elle aussi, tranquillisée, dans sa mise en scène. Contrairement à ce que nous vivons plus que régulièrement à La Monnaie, rien dans cette mise en scène ne vient nous surprendre, nous interloquer, nous choquer, nous laisser perplexes. Non, dans un grand décor abstrait de Cécile Trémolières (un monticule blanc et des espèces de colonnes et portiques transparents qui descendent des cintres – mais pourquoi le plan d’eau ?), Julia Burbach fait se succéder des tableaux animés ou en arrêts sur image. C’est très beau, d’autant plus que les costumes (eux aussi de Cécile Trémolières) sont magnifiques. Mais cela reste très statique. Avec ce moment de grâce d’une Juliette suspendue dans les airs lors de la fameuse « scène du balcon ».