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À Angers : le Beethoven fiévreux et raffiné de Sascha Goetzel

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C’est l’ONPL des grands soirs que l’on pouvait entendre dans l’acoustique si favorable du Centre de Congrès d’Angers sous la direction de son chef Sascha Goetzel. Poursuivant le Festival Beethoven entamé la saison dernière, le chef autrichien était particulièrement dans son élément avec ce programme romantique allemand. Dirigeant sans baguette et sans podium, le chef était directement en contact intime devant ses musiciens pour une Symphonie n°5 d’anthologie qui a galvanisé l’orchestre comme le public.

Il faut dire que Sascha Goetzel n’a pas ménagé ses efforts pour transmettre sa vision à la fois énergique et d’un suprême raffinement de cette oeuvre mythique offrant une sorte de condensé de l’univers de la musique dite classique. Avec un tel traitement, ce Beethoven semblait tout neuf. Le chef de l’Orchestre National des Pays de la Loire a certes su en faire ressortir toute l’audace, mais également, et c’est beaucoup plus rare, tout l’humour d’un Beethoven jonglant avec les registres de l’orchestre dans une partition où les musiciens s’écoutent, s’épient en se renvoyant les quatre notes fatales tout au long de cette symphonie dans un jeu aussi intellectuel que ludique. Devant une telle sollicitation, les musiciens ont donné le meilleur d’eux-mêmes, les cordes souples et ductiles, la flûte solo, le hautbois, la clarinette, le basson, les cors, les trompettes et les trombones à la fin, sans oublier Nicolas Dunesme se déchaînant sur ses petites timbales anciennes montées avec de véritables peaux provoquant un raffut de tous les diables qui aurait sans doute réveillé les oreilles de Beethoven !

Fortement applaudi par un auditoire où la jeunesse le disputait aux cheveux blancs, Sascha Goetzel n’en finissait pas de saluer un public survolté tant est si bien qu’il est allé toucher la main de chacun des jeunes garnissant le premier rang de la salle en provoquant une sorte de joyeuse hystérie collective.

La première partie de ce programme « de retour aux fondamentaux », selon l’expression consacrée, commençait par l’Ouverture du Freischütz de Carl Maria von Weber interprétée avec plus de classicisme que de véritable romantisme tragique. Violon supersoliste de l’ONPL en instance de départ pour Lille, Matthieu Handtschoewercker nous offrait une version policée et sensible du magistral Concerto pour violon en sol mineur de Max Bruch. Composé 10 ans avant celui de Brahms, ce concerto n’a rien à craindre d’un voisinage qui pourrait pourtant lui faire de l’ombre. Ses thèmes, son expression intense, comme sa structure en font un des plus grands concertos du répertoire.

Le concert avait commencé par la présentation du trophée décerné tout récemment par le BBC Music Magazine Awards 2026 dans la catégorie « Orchestre » pour le dernier album de l’ONPL (Schreker, Korngold et Krenek sous la direction de Sascha Goetzel), une récompense jamais encore décernée à un orchestre français qui fait honneur au magnifique travail réalisé par le chef et son orchestre. Crescendo Magazine s’était d’ailleurs fait l’écho de ce disque dès sa parution.

Angers, Centre de Congrès, 12 mai

François Hudry

Crédits photographiques : oOnpl