Mots-clé : Helena Rasker

Un chef-d’œuvre chaque fois bouleversant, une lecture composite - Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc

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A l’Opéra de Nancy, « Dialogues des Carmélites » de Francis Poulenc a une fois de plus bouleversé son public, dans les interpellations multiples de son livret, dans la plénitude significative de sa partition.

Aux sources du livret, une nouvelle de Gertrude von le Fort, « La Dernière à l’échafaud » : l’histoire vraie de seize religieuses condamnées à la guillotine en juin 1794 pour avoir refusé de prêter serment à la République. Georges Bernanos en a fait une pièce de théâtre, Francis Poulenc un opéra.

Le texte de Bernanos est en effet bouleversant qui, par le biais des religieuses, nous confronte aux questionnements de la peur, de la grâce, de la foi, de la mort, du dépassement et de l’accomplissement de soi pour soi et avec les autres. Ce qui en fait un opéra rare, et qui nous touche davantage et plus profondément que tant et tant d’autres aux péripéties rebondissantes, même si elles s’en prennent aux grands déferlements passionnels. Ce que vivent ces religieuses, ce qu’elles tentent de vivre en fait dans un monde en éruption, nous renvoie à des questionnements fondamentaux. De plus, ce texte installe en nous une communauté de cœur et d’âme avec ces femmes, nous impliquant dans ce qu’elles vivent avec leurs forces et leurs faiblesses. Mais

Au cœur de la forêt « Like Flesh » de Cordelia Lynn

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C’est à une originale, étrange, belle et pertinente expérience lyrique que Cordelia Lynn, la librettiste, Sivan Eldar, la compositrice, Maxime Pascal, le chef d’orchestre, et Sylvia Costa, la metteure en scène, nous ont invités avec leur Like Flesh auparavant créé à l’Opéra de Lille, et justement récompensé du prix FEDORA pour l’Opéra 2021.

C’est doublement que cet opéra de chambre bien d’aujourd’hui nous emmène au cœur de la forêt, dans sa thématique et dans ses moyens musicaux et scénographiques.

Une femme a suivi son mari, un bûcheron, dans la forêt. Elle s’étiole dans cette vie qui n’est que destruction, abattage encore et encore, soumission aux façons d’être suicidaires de nos sociétés. Le surgissement d’une étudiante, qui va l’aimer, précipite sa destinée : elle se métamorphose en arbre. La voilà désormais au cœur de la forêt.

La partition de Sivan Eldar, interprétée en direct dans la fosse par des membres de l’Orchestre de l’Opéra national de Lorraine et traitée informatiquement grâce à Augustin Muller de l’IRCAM est telle que nous aussi, les spectateurs, nous voilà désormais au cœur de la forêt. 

Une soixantaine de haut-parleurs ont en effet été disséminés dans la salle, sous les fauteuils, immergeant le public dans des sonorités mouvantes, pareilles aux bruissements, aux souffles, aux balancements des arbres dans une forêt. Fascinante expérience sonore qui, de spectateurs distanciés, nous métamorphose en témoins impliqués.