Le ravissement franckiste
Un programme ambitieux nous est proposé par l’Opéra de Dijon, comportant deux sommets franckistes auxquels il serait suicidaire de s’attaquer si l’on ne participe de cette élite chevronnée. La juxtaposition de Haydn, qui ouvre le concert, surprend. A moins d’un siècle de distance, est-il possible de trouver des œuvres d’apparence aussi différentes ? Même si le second ignore tout de l’humour, « con molto sentimento », « …ma con fuoco » qu’indique Franck au début des derniers mouvements de son quintette, elles relèvent d’une commune volonté d’exprimer la passion dans toutes ses déclinaisons. Or l’ample « largo cantabile e mesto », au centre du quatuor en ré majeur (Hob.III.79) de Haydn, est la démonstration la plus évidente de leur sensibilité commune. Dès l’exposé du thème de l’allegretto qui ouvre le quatuor, et sa reprise, on est sous le charme. Le Quatuor Hermès, que l’on ne présente plus, lui donne toute son expression sensible, avec une liberté de jeu et une élégance suprêmes. Les passages enfiévrés, les contrastes affirmés, la plénitude, la rondeur participent d’un discours qui passionne. L’équilibre est idéal, où chacun tient sa place dans une concentration et une écoute exemplaires. La beauté des timbres, leur fusion, le naturel des traits virtuoses, tout concourt au régal.