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A Lausanne, d'émouvantes Carmélites

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Pour la première fois dans son histoire, l’Opéra de Lausanne présente Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc. Et son directeur, Claude Cortese, reprend la production qu’Olivier Py avait conçue pour le Théâtre des Champs-Elysées en novembre 2013, avant de la présenter à la Monnaie de Bruxelles en décembre 2017. Prenant en considération la pièce de Georges Bernanos jouée en traduction allemande à Zürich en 1951 puis au Théâtre Hébertot l’année suivante, le régisseur prend à son compte le concept que Dieu est mort sur la croix et que le matérialisme règne en nous interdisant une foi qui ferait de Lui une consolation ou une règle morale. S’Il manque dans le siècle, du moins ce manque témoigne pour Lui en devenant la seule preuve de l’existence d’un dieu d’amour.

C’est pourquoi Olivier Py détache sa production du fait historique du 17 juillet 1794 où les seize religieuses du Carmel de Compiègne ont été décapitées sur l’actuelle Place de la Nation à Paris. Il la transpose dans ce XXe siècle marqué par les horreurs d’Auschwitz et d’Hiroshima. Comme il le notait dans le programme de salle du Théâtre des Champs-Elysées, il n’y a « nul besoin de guillotine pour sentir sur leur nuque et au fond de leur âme le couperet du monde matérialiste et agnostique, l’hiver et la nuit épouvantable d’un monde qui ne croit plus et ne connaît de lui-même que le dégoût et l’effroi ».

Sous des éclairages de Bertrand Killy, aussi oppressants que la trame, les décors de Pierre-André Weitz se limitent à quelques parois coulissantes s’entrouvrant pour former une croix en laissant apparaître une clairière d’arbres décharnés par le gel et quelques éléments religieux en bois blanc que transportent les sœurs. Ses costumes sont d’une extrême sobriété, tant pour les Carmélites que pour le Marquis de la Force et son fils vêtus en bourgeois XIXe ou pour les gens du peuple hébétés au pied de l’échafaud.

Avec cet opéra populaire, en ce lieu-là, l’opéra est populaire : Carmen à Orange

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Quel bonheur de se retrouver une fois encore au milieu des sept mille, oui, vous avez bien lu, sept mille spectateurs des Chorégies d’Orange. 

Chaque année, c’est la même fête, la même effervescence populaire, avec dans les rues, des files de spectateurs qui convergent vers l’extraordinaire Théâtre antique. C’est un public joliment hétérogène -on vient en famille, on vient avec des amis, on vient depuis toujours (et pour certains, c’est manifestement un défi au temps qui passe : « j’y suis encore allé ! »), on vient pour la première fois. 

Pourquoi sont-ils si nombreux, si heureux d’être là ? C’est qu’on leur propose, année après année, des œuvres qui ne cessent de ravir, d’enchanter. Le Wozzeck de la veille à Aix n’y aurait pas sa place. Non, ici, il s’agit d’un opéra aux airs immédiatement reconnaissables (mon voisin de la rangée d’en-dessous se tournait avec un grand sourire vers sa femme au début de chacun d’eux), aux péripéties (mélo)dramatiques ou drolatiques (L’Elixir d’amour de l’été dernier). Oui, à Orange, l’opéra est populaire.

De plus, au programme 2023, Carmen, l’opéra sans doute le plus populaire : plus de 180 productions all over the world cette saison ! Avec évidemment tous les ingrédients nécessaires : cette gitane si éprise de sa liberté, rendant fou d’amour un pauvre garçon qui en deviendra son meurtrier. Des airs qu’on n’oublie pas une fois qu’on les a entendus, une atmosphère espagnolisante plus que typée. 

Carmen encore, me direz-vous. Eh bien oui, parce qu’il y a le bonheur justement de retrouver ses airs dès leur première note ou même de les attendre. Et aussi parce qu’il y a la surprise de découvrir ses nouveaux interprètes.