Seong-Jin Cho et Kazuki Yamada à Monte-Carlo
Les concerts du Philharmonique de Monte-Carlo se succèdent sans répit, chacun avec sa couleur propre. Pour son dernier concert de l’année, Kazuki Yamada proposait un retour aux grandes pages du répertoire russe, avec trois chefs-d’œuvre de Prokofiev, Rachmaninov et Chostakovitch. Le programme, remanié à la dernière minute, abandonnait Le Chant des forêts — trop exigeant en renforts vocaux — au profit de la Symphonie n°9 de Chostakovitch. Un changement qui n’a en rien altéré l’élan de la soirée.
Le concert s’ouvre sur la Symphonie classique de Prokofiev, hommage malicieusement détourné à l’esprit de Haydn. Sous la direction vive et lumineuse de Yamada, l’O.P.M.C. en offre une lecture étincelante : vivacité ciselée, humour parfaitement assumé, et cette élégance naturelle qui fait respirer chaque motif. Le chef japonais en souligne la grâce juvénile, la précision rythmique et la verve pétillante, donnant à l’ensemble une fraîcheur irrésistible.
Le public monégasque retrouvait avec bonheur Seong-Jin Cho, star coréenne du piano et fidèle invité du Philharmonique. La Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov est d’abord un écrin de virtuosité, un théâtre d’illusions et de prouesses. Cho y déploie un art souverain : une virtuosité ferme et fluide, un sens aigu de la nuance, et un toucher d’une délicatesse argentée. Son jeu, à la fois majestueux et habité, conjugue intensité et raffinement dans un équilibre rare. Les variations s’enchaînent comme autant de tableaux mouvants — tour à tour espiègles, mystérieux, incandescents — jusqu’à une variation finale menée avec un souffle irrésistible, véritable tourbillon de couleurs et d’émotions.
Claude DEBUSSY