Mots-clé : Viktoria Mullova

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Viktoria Mullova n'était plus venue à Monte-Carlo depuis plusieurs années. Ce retour était très attendu des mélomanes tant l'artiste se plaît à s’affranchir des frontières : après un passage par la musique baroque jouée sur cordes en boyau avec les meilleurs ensembles baroques, une incursion dans le monde du jazz et du pop, culminant par un duo de jazz avec son fils le bassiste Misha Mullov-Abbado. On la retrouve en compagnie de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dans le Concerto n°1 de Chostakovitch, une partition qui est son cheval de bataille depuis des années. 

Mullova revient au jeu de ses débuts, celui inspiré de l'école russe transmise par son mentor Leonid Kogan. La profondeur, la retenue, l'émotion et l'autorité avec lesquelles elle aborde chaque mouvement se démarquent vraiment. Chaque note est chantée, la résonance de son violon est étonnante, elle a une manière très pure de faire de la musique qui va droit au cœur. Elle commence le premier mouvement avec une ligne de chant douce et hypnotique qui ne s'arrête qu'à la dernière mesure. Le scherzo a tout le mordant nécessaire. Le son douloureux de la Passacaille, la virtuosité de la cadence et le “Burlesque” qui tourne en dérision la folie de l’agitation quotidienne, est époustouflant. Qui donc ne serait pas bluffé par l'incroyable virtuosité de Mullova ? Elle se balade dans les portées, sur des tempi supra-humains et reste imperturbable... Quel talent, quel flegme -et quel immense travail. Avec Mullova, la plus grande virtuosité est toujours au service de la plus grande musicalité. Même si l'on craint l'usage forcené des superlatifs, ne s'approche-t-on pas ici du sublime ? C'est un triomphe ! Après plusieurs rappels elle nous offre une page de Bach qui est son compositeur préféré, et qu'elle joue à merveille.

A Genève, un concert OSR pour la Journée des Nations Unies 

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Au cours de chaque saison, la Journée des Nations Unies s’achève par un concert. Le lundi 24 octobre, il est donné au Victoria Hall par l’Orchestre de la Suisse Romande dirigé par Tomáš Netopil, premier chef invité de l'Orchestre philharmonique tchèque de Prague et directeur artistique du Festival Leoš Janáček de Brno ; et c’est lui qui assume actuellement les représentations de Katya Kabanova au Grand-Théâtre de Genève.

Le programme commence par Liebesgruss (Salut d’Amour), une pièce pour violon et piano écrite en juillet 1888 par sir Edward Elgar pour son épouse, Caroline Alice. Orchestrée, cette page de trois minutes devrait constituer ici un hommage à toutes les victimes de conflits dans le monde ; mais elle ne peut se départir de ce sentimentalisme vaporeux qui la relègue dans la catégorie des bluettes de salon… 

Intervient ensuite la violoniste Viktoria Mullova, artiste en résidence de la saison, qui avait commencé sa formation à Moscou auprès de David Oistrakh, dédicataire du Premier Concerto pour violon et orchestre en la mineur op.77 de Dmitri Chostakovitch, et qui en assura la création à Leningrad le 29 octobre 1955. La direction de Tomáš Netopil enveloppe le Nocturne initial d’un pianissimo sans aspérité dont le solo tire des accents déchirants qui s’irisent d’aigus éthérés. Mais ce ton continuellement plaintif finit par s’émietter pour faire place à un Scherzo que les bois veulent gouailleur. Le violon lacère de traits à l’arraché la progression qui tourne au bastringue, même s’il tente de lui insuffler une certaine noblesse par ses passaggi diaboliques. La Passacaglia vise à la monumentalité avec ce choral des cordes graves soutenant la masse des vents, dont le solo extirpe un lyrisme généreux, avant de négocier une cadenza méditative, amplement développée, qui fait chanter les doubles cordes. Cette transition virtuose débouche sur un Final en forme de Burlesca que le violon ornemente de traits périlleux d’une rare difficulté.