Un panorama orchestral de la Finlande profonde

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Pictures from Finland. Selim Palmgren (1878-1951) : Images de Finlande, quatre poèmes symphoniques op. 24. Leevi Madetoja (1887-1947) : Suite pastorale op. 34 ; Stabat Mater op. 27 n° 2 pour chœur féminin et cordes. Väinö Raitio (18881-1945) : Idylle pour orchestre ; Scherzo ‘Felis domestica’. Robert Kajanus (1856-1933) : Adagietto pour cordes ; Rhapsodie finlandaise n° 2 op. 8. Jean Sibelius (1865-1957) Kuolema : Scène des grues op. 44 n° 2. Chœur féminin de la Madetoja Music High School ; Soma Ensemble ; Oulu Sinfonia, direction Rumon Gamba. 2024. Notice en anglais. 63 minutes. Chandos CHAN 20401.

En 2011, le chef d’orchestre britannique d’origine italienne Rumon Gamba (°1972) avait signé, déjà pour Chandos, un vaste éventail en quatre CD d’ouvertures et de poèmes symphoniques consacrés à une bonne vingtaine de compositeurs du Royaume-Uni. Dans un même esprit éclectique, devenu en 2022 chef principal de la phalange Oulu Sinfonia basée en Finlande, c’est de créateurs de ce pays qu’il gravait, cette année-là, un programme d’ouvertures. Il le complète, dans le présent enregistrement de mai 2024, par un panorama orchestral d’images finlandaises. 

L’album porte le titre des quatre courts poèmes symphoniques de Selim Palmgrem, qui étudia au Conservatoire d’Helsinki avant un séjour à Berlin pour y perfectionner son piano, notamment avec Busoni. Il fut chef de chœur, avant une tournée aux États-Unis, où son talent pianistique fut apprécié, au point qu’il fut engagé pour enseigner à Rochester de 1923 à 1926. Rentré au pays, il sera professeur à l’Académie Sibelius durant les quinze dernières années de sa vie. Dans son catalogue, on relève de la musique orchestrale, dont cinq concertos pour piano, deux opéras, des mélodies et des pages pour le clavier.  Les quatre Images de Finlande datent de 1904 ; elles célèbrent les saisons et évoquent tour à tour, dans un climat encore marqué par le romantisme et l’impressionnisme, avec une touche sibelienne, des songes de printemps, un menuet de style populaire très vigoureux, une danse des feuilles mortes et une allègre promenade en traîneau. Une musique fluide qui trouve sa réussite dans la séduction de sa rêveuse orchestration.    

Robert Kajanus, formé à Leipzig avec Carl Reinecke, puis à Paris avec Johann Svendsen, avant Dresde, est plus connu comme chef d’orchestre que comme compositeur. Ce grand défenseur de la musique de Sibelius a laissé de plusieurs symphonies et de poèmes symphoniques de ce dernier des interprétations de référence, d’une grande lisibilité, rassemblées dans un coffret Warner de 2015 « Jean Sibelius 1928-1945 », avec d’autres gravures historiques. Kajanus s’est adonné à la composition, laissant quelques pages orchestrales ou chorales, des mélodies et des pièces pour le piano. Son Adagietto pour cordes de 1913 s’érige en deux phrases longues qui conduisent à un radieux fortissimo. Quant à sa Rhapsodie finlandaise n° 2 de 1886, dédiée à Johann Svendsen, elle date de l’époque où la Finlande, sous tutelle russe, était avide d’indépendance.  L’œuvre, d’une durée d’un peu moins de dix minutes, reflète ces aspirations dans des épisodes incisifs, dont une entraînante Polka.

Leevi Madetoja, né à Oulu, cité du nord-est de la Finlande qui abrite l’orchestre du présent CD, a étudié la composition à Helsinki avec Sibelius, et a travaillé ensuite à Paris avec Vincent d’Indy, à Vienne et à Berlin. Cette figure majeure de la génération qui suit Sibelius a laissé un catalogue abondant. Sa Pastorale, orchestration d’une suite pour piano de 1916, date de 1933. C’est une page d’une dizaine de minutes qui fait la part belle à la limpidité, à l’élégance et à la nostalgie, affirmée par un solo de cor. Son bref Stabat Mater a été composé en 1917, année troublée qui précède l’indépendance du pays. Un chœur féminin et des cordes tissent, en un peu plus de cinq minutes, une atmosphère intensément émotionnelle qui est aussi un signe d’espoir.

Deux courtes pages du moins connu Väinö Raitio, qui étudia à Helsinki, à Berlin et à Paris, mais aussi à Moscou, où il fut attiré par l’art de Scriabine, s’ajoutent au panorama. Le Scherzo ‘Felis domestica’ de 1935, rythmé, avec des traits humoristiques à la Strawinsky, et l’Idylle de 1938, qui suggère des voix de la nature, sont des morceaux plaisants, orchestrés avec soin. Le programme est enrichi, de façon incontournable, par la présence de Sibelius, concrétisée par l’enchanteresse Scène des grues de la musique de scène de Kuolema de 1903, dans laquelle on trouve la fameuse Valse triste.

Le présent programme est tout aussi éclectique que celui que Rumon Gamba avait consacré, au début de son mandat à Oulu, à l’affiche d’ouvertures que nous avons rappelée. On y découvrira un répertoire peu fréquenté, qui permet d’approfondir la musique si créative du pays scandinave. L’orchestre est sans reproches, et le chœur féminin, pour le Stabat Mater de Madetoja, clame avec ferveur son émotion.

Son : 8,5    Notice : 10    Répertoire : de 8 à 10    Interprétation : 10

Jean Lacroix      

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