Véronique Gens dans la lignée des grandes interprètes d’Offenbach

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Les divas d’Offenbach. Airs et extraits de La Belle Hélène, La Diva, La Grande-duchesse de Gérolstein, La Vie parisienne, Valéria, Boule-de-neige, Le Voyage dans la lune, Le Roi Carotte, Madame Favart, Dragonette, Robinson Crusoé, La Périchole, La Boulangère a des écus, Geneviève de Brabant, Le Roman comique. Véronique Gens, soprano ; Chœur et Orchestre national des Pays de la Loire, direction Hervé Niquet. 2023. Notice en français, en anglais et en allemand. Textes chantés joints, avec traduction anglaise. 55’ 49’’. Alpha 1168. 

Chaque nouveau récital de Véronique Gens, quel que soit le genre abordé, réserve des moments de pur bonheur musical. C’est encore le cas pour ce panorama dédié à Offenbach et aux divas qu’il a eus à sa disposition, qu’il s’agisse, pour ne citer que trois célébrités, de Hortense Schneider (1833-1920), qui créa La Belle Hélène ou La Grande-duchesse de Gérolstein, de Célestine Galli-Marié (1837-1905), qui fit de même pour Fantasio ou Robinson Crusoé, ou d’Anna Judic (1849-1911), pour Le Docteur Ox ou Le Roi Carotte, tout en reprenant des rôles de la Schneider. On prend un vif plaisir tout au long de la petite vingtaine de plages du programme, reflets de quinze opérettes, opéras-bouffes ou opéras-comiques.

Dans sa notice, Alexandre Dratwicki, directeur artistique du Palazzetto Bru Zane, rappelle le privilège accordé par Offenbach à la tessiture centrale, le médium de la voix rendant plus facile le « parlé-chanté », c’est-à-dire l’art de rendre parfaitement intelligibles les paroles tout en s’amusant à colorer les sous-entendus du texte par des accents proches du théâtre déclamé. Le médium chaleureux de Véronique Gens, sa capacité largement prouvée de diseuse subtile et suggestive, son timbre rayonnant, sa maîtrise des émotions, son talent à typer chaque rôle et son élégance naturelle sont des atouts qui mettent en valeur une affiche qui comporte des pages connues, mais aussi des raretés.  À commencer par cette Diva de 1869, autre rôle pour Hortense Schneider, avec deux airs, en début et en fin de récital. Présent aussi en introduction avec un extrait de La Belle Hélène, le rêve de Je crois bien et je le promets fait pendant au rire des couplets du coiffeur qui clôturent cette petite heure de plaisir avec des allusions sensuelles que l’on pourra qualifier de croustillantes. 

Même si l’on n’en a guère besoin, tant la diction de Véronique Gens est nette et précise, on savoure le fait de pouvoir lire les textes diversifiés et savoureux, bien tournés la plupart du temps, qui engendrent l’attractivité de la musique et du chant. Peu de tubes en fin de compte, mais des moments moins fréquentés de Valéria (1851), de Dragonette (1857), du Roi Carotte (1872), de Madame Favart (1878) ou de Geneviève de Brabant (1875), où la chanson de la fileuse évoque la fragilité de la beauté et la nécessité de profiter du temps qui passe (ça file, ça file…). Ou encore des couplets inédits de La Vie parisienne (1866) ou de La Périchole ((1868), pour rassurer un amant quant à la fidélité à son égard. De ce dernier opéra-bouffe, on déguste encore Ô mon cher amant, les couplets de la lettre, où l’amour est mis en balance avec une misère trop dure. On n’est pas privé non plus de l’attirance déclarée et assumée pour les militaires, dans le rondo Vous aimez le danger, au sein duquel Véronique Gens se déclare prête à être cantinière […] vaillante et légère.

Ce récital, dont nous ne faisons que survoler une affiche très réussie, travaillée dans son alternance, est, répétons-le, un vrai moment de plaisir. D’autant plus que Hervé Niquet, à la tête du Chœur (bien dosé lors de ses interventions), et de l’Orchestre national des Pays de la Loire, dirige avec clarté, une pétillance contrôlée et des rythmes en situation. Il offre ainsi à la soprano un écrin qui lui permet de briller, une fois de plus. Les qualités de la formation de la Loire sont mises en valeur dans deux pages orchestrales : le Ballet des chimères, tiré du Voyage dans la lune (1875), au sein duquel les vents se taillent une belle part, et l’entracte symphonique de l’Acte II de Robinson Crusoé, où des cordes chaudes rappellent qu’Offenbach était un virtuose du violoncelle. Ces minutes de respiration orchestrale s’intègrent à merveille dans ce panorama vocal qui doit combler, dans l’éternité, les divas de l’époque du compositeur, servies ici avec une vive générosité.

Son : 8,5    Notice : 10    Répertoire : 10    Interprétation : 10

Jean Lacroix   

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