Violon, orgue et soprano : récital en duo autour d’une cantate inspirée de Bach

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Cantata a 2. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : arrangements d’airs, récits, chœurs extraits des cantates BWV 6, 21, 36, 57, 58, 145, 147, 202. Seele, deine Spezereien [Oster-Oratorium BWV 249]. Sinfonia BWV 29 / Preludio BWV 1006. Adagio ; Sarabande ; Allegro assai [Sonates et Partitas pour violon BWV 1001, 1004, 1005]. Ich ruf zu dir BWV 639 [Orgelbüchlein]. Adagio [Toccata, Adagio et Fugue en do majeur BWV 564]. Emmanuelle Dauvin, violon, orgue de l’église de Saint-Pierre-d’Albigny. Heather Newhouse, soprano. Juin 2024. Livret en français, anglais, allemand. 63’31’’. Hitasura HSP 012

Manier le violon, s’adjoindre aux pieds la basse de l’orgue : au prix d’un aguerrissement à pareille synchronisation, Emmanuelle Dauvin s’attache depuis plusieurs années à ressusciter cette technique baroque où un Nikolaus Bruhns (1665-1697) était passé maître. Après un premier album que nous avions commenté en décembre 2021, la musicienne prolonge cette pratique virtuose par un nouveau projet, avec la soprano Heather Newhouse. Cette fois, c’est le pédalier du récent orgue Thomas (2010), en l’église de Saint-Pierre-d’Albigny, d’esthétique sonore thuringeoise (29 jeux dont baladeurs), qui a été retenu pour l’accompagnement.

Le programme ambitionne une sorte de cantate librement assemblée dont le matériau emprunte au catalogue de Bach, principalement sacré sauf la Weichet nur, betrübte Schatten pour un contexte nuptial. Avent (Schwingt freudig euch empor BWV 36), Noël (Selig ist der Mann BWV 57), Pâques (Bleib bei uns BWV 6, Ich lebe, mein Herze BWV 145, Oster-Oratorium BWV 249), Visitation (Herz und Mund und Tat und Leben BWV 147), ou per ogni tempo (Ich hatte viel Bekümmernis BWV 21) : diverses époques de la carrière du Cantor (Weimar, Leipzig), diverses périodes du calendrier liturgique ont été sollicitées pour « imaginer une architecture cohérente, trouver un équilibre dans l’alternance et le parcours émotionnel qui en émane ».

Au-delà du respect de la nomenclature formelle (sinfonia introductive, airs, récits, chœurs…), l’unité de sens religieux n’est toutefois pas explicitée dans la notice, qui se dispense en outre de reproduire les textes chantés. Le climat d’ensemble s’avère plutôt orant et méditatif. Le parcours vocal est abondé par des pages instrumentales, initialement conçues pour le violon soliste (trois extraits des Partitas & Sonates), ou sous guise d’arrangements : le Preludio BWV 1006 brodant sur l’introduction de l’enthousiaste Wir danken dir, Gott, d’ailleurs dérivée de ce même prélude. Malgré l’habileté d’Emmanuelle Dauvin, entrelacer les double-croches aux agiles exigences pedaliter encourra quelques flottements d’exécution.

Dommage pour ce portique, car les autres attelages entendus dans le disque, certes moins difficiles à caler, convainquent en cet exercice. Parmi les œuvres conçues pour les tuyaux, l’Adagio du triptyque BWV 564 s’allie judicieusement le violon. Le sublime Ich ruf zu dir de l’Orgelbüchlein distille les paroles du choral luthérien qui élève la plainte vers le Seigneur. La voix claire et chaleureuse d’Heather Newhouse, un violon d’époque (attribué à Antonio Mariani, 1663) aux couleurs riches et séduisantes, et la spacieuse acoustique de l’église savoyarde contribuent au charme délicat mais patent de ce récital.

Christophe Steyne

Son : 9 – Livret : 8,5 – Répertoire : 9-10 – Interprétation : 8,5

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