Voyage musical avec Raphaël Jouan et David Reiland
Ce samedi 14 mars, le Rotary Club organisait un concert en trois parties à l’Arsenal de Metz.
La soirée a débuté par la courte pièce pour orchestre de la compositrice coréenne Unsuk Chin, Subito con forza. Son ouverture et ses tonalités rappelaient les symphonies de Beethoven, les musiques de films de Bernard Herrmann pour Hitchcock et les visites de Luciano Berio. Ce fut sans doute la pièce la plus exigeante de ce concert, car il lui fallait, avec ce riche bagage, trouver son chemin jusqu’au cœur des musicophiles.
Plus facile d’approche, la Symphonie n° 92 en sol majeur, dite « Oxford », de Joseph Haydn est une œuvre qui témoigne de l’élégance, de la finesse et de la noblesse du compositeur, tant dans son phrasé que dans ses mélodies et ses harmonies. Il est aisé de lui donner un côté guindé, tant son style, devenu classique avec le temps, a été repris, travaillé et développé à travers les différentes étapes de l’histoire de la musique classique. L’orchestre a frôlé ce danger, confinant parfois à l’ennui, bien que sa marque d’équilibre et de balance entre les pupitres soit demeurée très appréciable. Cette symphonie a permis à certains pupitres, comme celui des cordes graves (violoncelles et contrebasses), les cuivres et les bois, de démontrer leurs talents. On a ainsi pu apprécier la clarté des cors, la fluidité des flûtes, la noblesse des hautbois et des clarinettes.
Mais c’est surtout durant le Concerto pour violoncelle de Dvořák que l’orchestre, sous la direction de David Reiland, a pris sa véritable mesure. Passant de la dimension réduite d’un orchestre du XVIIIe siècle à celle d’un orchestre plus fourni du XIXe siècle, il semblait déployer ses ailes avec Dvořák, alors qu’il paraissait apprendre à marcher avec Haydn. Ici, avec les motifs de Bohème, les caractères et les dialogues entre les pupitres révélaient un orchestre se situant entre la Huitième et la Neuvième symphonie du compositeur tchèque. Il lui faut sans doute des œuvres plus vastes que celles de la période classique, comme ici Dvořák, et ultérieurement Mahler ou Ravel, pour s’exprimer au mieux.
Le dialogue entre l’orchestre et le violoncelliste Raphaël Jouan était également très appréciable, permettant au soliste de faire entendre son jeu vivant, flexible et par moments même joyeux. Le choix d’un violoncelle du XVIe siècle, à l’âme veloutée, lui allait d’ailleurs à merveille, conférant une couche de maturité sous-jacente à un jeu encore en perfectionnement.
Encore une soirée réussie à Metz…
Metz, Arsenal de Metz, 14 mars 2026
Crédits photographiques : Lyodoh kKaneko