Deux conceptions du 2e Rachmaninov

par
Rach Vinni
Serguei RACHMANINOV (1873 - 1943) Concerto pour piano n°2 op. 18 - Rhapsodie sur un thème de Paganini op. 43 Anna Vinnitskaya (piano), NDR Elbphilharmonie Orchestra, dir.: Krzyztof Urbanski 2017-DDD-56'46''-Textes de présentation en allemand, français, allemand-Alpha Classics 275 Concerto pour piano n°2 op. 18 - Etudes-Tableaux op. 33 - Liebesleid (Kreisler, arr. Rachmaninov) - Lachtäubchen, 'Polka de W.R. (arr. Rachmaninov) Boris Giltburg (piano), Royal Scottish National Orchestra, dir.: Carlos Miguel Prieto 2017-DDD-66'58''-Textes de présentation en anglais-Naxos 8.573629 Le hasard des productions nous amène simultanément le 2e Rachmaninov par deux premiers prix du Concours Reine Elisabeth : la pianiste russe Anna Vinnitskaya en 2007 ; le pianiste israélien Boris Giltburg en 2013. On connaît les circonstances qui ont amené Rachmaninov à écrire son 2e Concerto : l'échec de la création de sa 1ère Symphonie en 1897 alors que son 1er Concerto et son opéra Aleko avaient fait un tabac, le peu de sympathie que lui manifestaient ses contemporains,... Rachmaninov traverse une crise de créativité dont le sauva le Docteur Dahl, un disciple de Charcot pratiquant l'hypnose. Le compositeur racontera plus tard que tous les jours, Dahl l'hypnotisait et lui murmurait : "Tu vas écrire ton concerto. Tu travailleras avec une grande légèreté. Le concerto sera de très grande valeur". Et le 27 octobre 1901, le 2e Concerto est créé par le compositeur au piano sous la direction de son cousin Alexander Siloti. Un triomphe ! Il n'est pas inutile de rappeler ce processus de guérison car, comme l'écrit l'auteur du texte de la pochette Alpha, Albrecht Selge, "la musique a aussi, de fait, quelque chose d'hypnotique, surtout au début : les accords liminaires, souvent décrits comme des coups de cloches, peuvent évoquer l'oscillation d'un pendule, de même que le thème élégiaque et balançant en 4/4. La musique entière naît de ce mouvement fondamental". Rach GiltL'écoute suivie des deux interprètes est intéressante dans la mesure où elle nous fait vivre deux conceptions très différentes du même concerto : Boris Giltburg l'empoigne en pianiste virtuose aux basses solides en lutte avec l'orchestre comme nous l'entendons le plus souvent; Vinnitskaya en relève la poésie, cette musique de l'âme disait Voltaire; elle se fond dans l'orchestre de Krzysztof Urbanski avec, toujours, cette sonorité ronde et claire, et garde d'un bout à l'autre l'envoûtant balancement que lui imprime le compositeur. Ici, pas "du purin sentimental" selon le mot peu amène de Richard Strauss, mais une musique qui nous porte vers la lumière, symbole de guérison, d'avenir fécond. Un Rachmaninov que l'on entend malheureusement peu souvent. En complément de programme, Boris Giltburg propose les Etudes Tableaux op.33 parfaitement maîtrisées. Anna Vinnitskaya propose la Rhapsodie sur un thème de Paganini op. 43, autant de variations, autant de plages expressives, autant de couleurs. Bernadette Beyne Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10 (Vinnitskaya) Son 9 - Livret 7 - Répertoire 10 - Interprétation 7 (Giltburg)

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