L'opéra mal aimé de Rameau servi de main de maître

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0126_JOKERJean-Philippe RAMEAU (1683-1764) Zaïs Julian PREGARDIEN (Zaïs), Sandrine PIAU (Zélidie), Aimery LEFEVRE (Oromazès), Benoit ARNOULD (Cindor), Amel BRAHIM-DJELLOUL (Sylphide, Grande Prêtresse de l'Amour), Hasnaa BENNANI (Amour), Zachary WILDER (Sylphe), Choeur de Chambre de Namur, Les Talens Lyriques, dir.: Christophe ROUSSET 2015-DDD-60', 67' et 31'-Textes de présentation et livret en français et anglais-Chanté en français-Aparté AP 109 (3 cd) De l'avis général, Zaïs n'est pas considéré parmi les meilleurs opéras de Rameau. Sans doute est-ce pour cela qu'il n'a pratiquement pas eu les honneurs du disque. En effet, seul Gustav Leonhardt, dans un album Stil devenu introuvable et presque mythique, en a proposé une vision que les heureux possesseurs décrivent comme éblouissante et proche de la perfection. Quelles que puissent être les qualités de cette version pionnière, la nouvelle venue devrait contenter tout le monde tant Christophe Rousset, avec sa fougue et sa verve habituelles, fait passer à travers toute l'oeuvre un vent vivifiant dans une interprétation pleine d'inventivité, de dynamisme. L'ouverture, très spectaculaire, sans doute l'une des pages les plus hardies du compositeur, « peint le débrouillement du chaos et le choc des quatre éléments […] lorsqu'ils se sont séparés » et donne le ton d'un opéra haut en couleur, où choeurs et intermèdes instrumentaux abondent. Zaïs, « pastorale héroïque », conte l'amour du roi, éponyme, des Sylphes pour la bergère Zélidie, amour que le dieu exigera de mettre à l'épreuve par l'entremise du proche ami de Zaïs, Cindor. Après maints épisodes, travestissements et autres coups pendables, traversant pas moins de deux orages, tout se terminera bien, avec un amour éternel à la clé et des réjouissances à foison. Cet ancêtre de Cosi (avec une fin bien plus optimiste -moins réaliste ?- que chez Mozart) est une oeuvre charmante et élégante qui captive par la diversité et la fraîcheur de ses mélodies, son climat souvent bucolique et ses nombreux et gracieux ballets. Elle voit le jour au cours d'une période particulièrement faste pour Rameau, lequel écrit pas moins de dix opéras en cinq ans. Créé en 1748 à Paris, Zaïs s'inscrit dans le genre, nouveau, de la « féerie », avec tout un arsenal de génies, sylphes et autres créatures extraordinaires et improbables. Outre ce trait particulier, visible, la partition comporte également des éléments, davantage voilés, qui la rattachent à la franc-maçonnerie, en particulier les rituels, une particularité que Zaïs partage avec d'autres opéras de Rameau, tels que Zoroastre et Les Boréades, lesquels comprennent des voyages initiatiques qui préfigurent directement Die Zauberflöte. L'interprétation est absolument parfaite, avec les valeurs sûres que sont le Zaïs de Julian Prégardien et la Zélidie de Sandrine Piau. Mention d'excellence également pour le Choeur de Chambre de Namur, impeccable comme toujours. Une escale désormais indispensable pour tous ceux qui aiment Rameau et veulent le découvrir en profondeur. Bernard Postiau Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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