C’était ma responsabilité de fêter cette année de la façon la plus présente possible [...] Je l’ai connu lorsque j’interprétais ses œuvres et qu’il était là pour conseiller ses interprètes. Cela a commencé alors que je devais avoir une vingtaine d’années et que j’étais membre de l’Ensemble intercontemporain. Cela s’est poursuivi et il a commencé à composer des pièces que j’ai régulièrement créées. J’étais donc un peu aux premières loges, j’avais la tâche de les comprendre et de les faire comprendre. C’était une chance formidable pour un interprète de travailler avec un créateur aussi fertile », se souvient le pianiste, qui a enregistré l’intégrale de référence des œuvres de Ligeti pour Sony dans les années 1990.[...] C’était un très grand maître qui savait parfaitement ce qu’il voulait réaliser et qui n’avait besoin de personne. On peut quand même aider le créateur à mieux préciser certaines choses (tempo, sonorité, etc.). On peut être là comme une sorte de miroir aussi fidèle que possible, mais le geste créateur, c’est lui qui le fait.
Cette création, elle, était nourrie par un parcours de vie aussi riche que funeste. C’était un être extrêmement singulier, qui avait une très grande fantaisie, un imaginaire débordant et très original, et un profond sens de son indépendance explique le pianiste, évoquant au passage les difficultés (c’est un euphémisme) subies par ce Juif ayant vécu successivement sous les régimes nazi et stalinien, avant de fuir vers l’Autriche. Il portait toujours cette dimension tragique en lui. Il y avait une dimension de liberté de l’esprit extraordinaire et, en même temps, la dimension d’un poids et d’une noirceur de l’existence qui était très forte, très présente.
(d'après lapresse.ca)