Un cahier d'élève signé Mozart refait surface à la BnF
La Bibliothèque nationale de France a annoncé ce vendredi 19 juin 2026 l'identification d'un manuscrit autographe inédit de Wolfgang Amadeus Mozart, témoin direct de son ultime séjour parisien à l'été 1778. Sept pièces pour flûte et harpe et une douzaine de leçons de composition y dorment depuis plus de deux siècles.
L'objet, à première vue, n'a rien d'impressionnant : un cahier de quarante-quatre pages, anonyme, sans titre, glissé dans un paquet de papiers de musique de la fin du XVIIIᵉ siècle. C'est en l'examinant le 2 février dernier que François-Pierre Goy, chargé des collections musicales antérieures à 1800 au département de la Musique de la BnF, reconnaît une écriture familière — celle de Mozart. L'hypothèse est rapidement validée par la musicologue Laurence Decobert, qui avait été commissaire de l'exposition Mozart, une passion française en 2017, puis confirmée en avril 2026 par Armin Brinzing, directeur de la Bibliotheca Mozartiana du Mozarteum de Salzbourg.
Le contenu se révèle aussi précieux que le contenant est modeste. Le cahier rassemble les exercices et les pièces que Mozart dispense quotidiennement, de mai à juillet 1778, à son élève Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes (1759-1795), harpiste accomplie et fille du duc de Guînes — Adrien-Louis de Bonnières de Souastre, flûtiste renommé et commanditaire du fameux Concerto pour flûte et harpe KV 299. Le manuscrit constitue le plus ancien témoignage connu de l'enseignement mozartien de la composition, et entre directement en résonance avec la lettre que le compositeur adresse à son père le 14 mai 1778, où il décrit ces séances avec une lucidité parfois désabusée sur les capacités musicales de son élève.
Le dernier exercice est inachevé, les six dernières pages restent vierges : tout indique que le cahier correspond aux ultimes leçons, interrompues par le départ précipité de Mozart de Paris après la mort de sa mère en juillet 1778. Le document a refait surface par un long détour révolutionnaire : il faisait partie de deux paquets de musique confisqués au domicile du duc de Guînes en 1794, entrés à la Bibliothèque dans les années suivantes — et oubliés depuis.
Les sept pièces pour flûte et harpe — vingt minutes de musique au total — seront jouées en première mondiale ce dimanche 21 juin, jour de la Fête de la musique, dans la Salle Ovale du site Richelieu, par deux solistes de l'Orchestre philharmonique de Radio France : la flûtiste Mathilde Caldérini et le harpiste Nicolas Tulliez. L'enregistrement sera diffusé le lendemain sur France Musique à 15h00. Le manuscrit original devrait rejoindre ensuite les vitrines du musée de la BnF.
Pour un répertoire flûte-harpe historiquement avare en pages originales, l'aubaine est rare. Pour la musicologie mozartienne, le document ajoute une pièce inattendue à un dossier que l'on croyait clos.