A Angers, une ouverture de saison XXL
L’ONPL et leur excellent chef Sascha Goetzel ont invité le pianiste Lucas Debargue pour leur concert d’ouverture de la saison 26/27. Ce choix coïncide parfaitement avec l’actualité de ce musicien hors norme et profondément original qui vient de signer un double album Gershwin très remarqué présentant des compositions du compositeur américain : quelques Préludes, son Concerto en fa et sa Rhapsody in Blue augmentée d’improvisations de Lucas Debargue himself qui joue aussi en première mondiale, et c’est un des nombreux attraits de cette captivante nouveauté discographique, ses propres Douze Études Virtuoses sur des chansons de Gershwin rendant un brillant hommage à toute l’histoire de la musique occidentale, depuis la Renaissance jusqu’au hip-hop, dans une écriture à la fois personnelle, ludique et parodique absolument passionnante.
Hier soir, Lucas Debargue nous a donné une version exaltante du redoutable Concerto N° 2 en sol mineur de Sergueï Prokofiev dont l’extrême difficulté rebute la plupart des pianistes. Au mieux de sa forme, le pianiste français, couronné par le Concours Tchaïkovski de Moscou, nous a offert sa vision fugitive traversée par une énergie électrisante de cette oeuvre fantasque partant dans toutes les directions tout en annonçant les chefs-d’œuvre futurs, Roméo et Juliette et Pierre et le Loup en tête. La terrifiante longue cadence du premier mouvement devient presque un jeu d’enfants sous les doigts d’acier et la fantaisie du jeu de Lucas Debargue qui a trouvé un partenaire de choix avec un Sascha Goetzel particulièrement à son écoute à la tête d’un ONPL des grands jours parfaitement en phase avec son très aimé directeur musical.
Le programme, généreux, commençait par une sorte de hors-d’œuvre avec les Soirées musicales composées sur des thèmes de Rossini par le très jeune Benjamin Britten pour un court métrage, un habile travail d’arrangeur plutôt qu’une oeuvre personnelle.
La seconde partie du programme était entièrement occupée par deux grands poèmes symphoniques de Richard Strauss permettant à l’Orchestre des Pays de la Loire de démontrer une fois de plus sa virtuosité et la richesse de tous ses pupitres. Il faut dire que Sascha Goetzel dirige ce répertoire avec une aisance particulière. Dans Mort et Transfiguration (Tod und Verklärung) il est parvenu à dégager le climat métaphysique décrivant les dernières heures d’un artiste avec les longues tenues des cordes et les harmonies suspendues. Dans Till l’Espiègle (Till Eulenspiegels lustige Streiche), c’est le sarcasme qui domine jusqu’à la mort lamentable de ce héros allemand représenté par le cor et la petite clarinette en mi b dont la sonorité perçante convient particulièrement au personnage facétieux et iconoclaste de Till mourant dans un dernier spasme symphonique. Un concert de haut vol pour inaugurer une saison au programme très prometteur.
Angers – Centre de Congrès, Dimanche 27 septembre
Crédits photographiques : Séverine Clavel



