Roméo et Juliette par les Ballets de Monte-Carlo

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Avant même de traiter des mérites de cette rare visite des Ballets de Monte-Carlo à Bruxelles, où ils n'étaient plus venus depuis vingt-cinq ans, quelques remarques liminaires de nature purement logistique et matérielle s'imposent.

Si le choix du Cirque Royal paraît de prime abord tout à fait indiqué quant à la jauge et à l'acoustique, les spectateurs placés comme votre rédacteur à l'arrière du parterre auront droit à une désagréable surprise. En effet, la combinaison de cette partie centrale parfaitement plane de la salle et des rangs de spectateurs placés plus près de la scène fait — pour donner l'exemple de ce chroniqueur — qu'au quatorzième et dernier rang dudit parterre il est impossible de voir le bas du corps des danseurs : la disposition des sièges par rapport à la scène (qu'il aurait peut-être fallu rehausser, à moins qu'on n'eût pu installer un plan incliné au parterre) fait qu'on est privé de toute vue sur les pieds des danseurs et qu'on ne peut voir leurs jambes qu'à partir du milieu des mollets (sauf, bien sûr, lorsque la chorégraphie demande des sauts). De là qu'il devient difficile d'apprécier pleinement la position et les pas des interprètes.

Par ailleurs, il est dommage qu'une troupe de cette qualité ait fait l'impasse sur un vrai orchestre. Bien sûr, amener une formation d'une taille suffisante pour cette tournée de quatre jours en Belgique (avec chaque fois deux représentations à Anvers comme à Bruxelles) a un coût, surtout pour une initiative émanant d'un organisateur privé (en l'occurrence D Show Production), mais il est vraiment décevant d'entendre la superbe musique de Prokofiev sortir de deux impressionnantes grappes de haut-parleurs disposées en hauteur de part et d'autre de la scène pour nous offrir un fond sonore très probablement sur base de fichiers informatiques excessivement comprimés (la dynamique est vraiment restreinte, le son est généralement uniment fort et parfois très fort, alors que les perspectives sonores se retrouvent totalement faussées).

Ces remarques faites, il est temps de décrire les qualités considérables de la troupe monégasque, forte d'un héritage qui remonte aux Ballets russes de Diaghilev mais ressuscitée depuis 1985 et dirigée depuis 1993 par Jean-Christophe Maillot, dont la chorégraphie de ce Roméo et Juliette montre qu'une approche classique, ni désuète ni empesée, reste tout à fait défendable.

Sur le plan de l'exécution, il convient de saluer l'irréprochable homogénéité de cette troupe de 28 danseurs ainsi que la belle maîtrise technique de chacun de ses membres, dont cinq Belges presque tous formés à l'École royale de ballet d'Anvers. On saluera en particulier la superbe prestation, frémissante de sensibilité, de Katrin Schrader en Juliette, ainsi que celle de son Roméo, Jérôme Tisserand, particulièrement convaincant en jeune et sensible amoureux. Les rôles de caractère sont invariablement très bien tenus. On pense ici à notre compatriote Jaat Benoot, danseur à l'impeccable discipline et qui résiste toujours à la tentation d'en faire trop dans le rôle de Frère Laurent (on le reconnaît à son col de clergyman). Lydia Wellington incarne une savoureuse nourrice, à laquelle elle apporte un élément de comique sans surcharge bienvenu. Tous les autres solistes se distinguent également, à commencer par l'arrogant Tybalt de Simone Tribuna, ainsi que les expressifs Mercutio et Benvolio dansés ici par Michele Esposito et Lukas Simonetto, ou la saisissante Lady Capulet de Marianna Barabas, tout de noir vêtue.

Le corps de ballet, à qui il est dévolu d'incarner les Montaigu et les Capulet, fait preuve d'une belle tenue, chacun de ses membres étant parfaitement à la hauteur des exigences du chorégraphe. On pense en particulier à la bagarre générale entre les deux clans rivaux qui débouchera sur la mort de Tybalt, où Jean-Christophe Maillot demande de ses danseurs un ralenti d'inspiration forcément cinématographique. L'influence du cinéma se fait aussi sentir au tout début du spectacle, lorsque la vidéo présentant la distribution a tout du générique d'un vieux film en noir et blanc.

Il faut également saluer l'ingénieux décor d'Ernest Pignon-Ernest, composé de vastes éléments blancs incurvés qui coulissent selon les nécessités de l'action et que les éclairages de Dominique Drillot parent de belles couleurs.

Bruxelles, Cirque Royal, 24 octobre 2026.

Crédits photographiques : Katrin Schrader

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