Dans Growing piece, Madeleine Fournier rejoue le deuil des Héliades  

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La chorégraphe Madeleine Fournier, formée au CNR de Paris et au CNDC d’Angers, crée en 2025 le duo Growing piece où elle performe aux côtés de Julien Desailly, sonneur. 

La pièce commence par l’entrée du musicien avec son instrument. Il nous explique le processus de fabrication du sureau destiné à sa kaba gaïda, une cornemuse des balkans. D’abord, il souffle dans l’embout puis des mélodies couplées à des passages plus contemporains se déploient. 

Sous l’arche fleurie conçue par Andrea Baglione apparaît la danseuse dans une tenue noire en tulle. Le programme de salle nous aura prévenu : nous allons assister à ce mythe où les Héliades, inconsolables à la mort de leur frère Hélios, se transforment en peupliers. Ainsi, la pièce questionne notre rapport à la mort et à la nature. 

Madeleine Fournier apparaît, endeuillée. Elle gémit de désespoir, pousse de longues complaintes, le corps est douloureux, comprimé. 

La transformation s'amorce. La danseuse retire son linceul noir, un bustier beige apparait. Les pieds deviennent racines chez Ovide et cela se voit dans la gestuelle de l’interprète. Les mouvements s’étirent vers le haut mais toujours sur place, ses longs bras se changent en branches et elle tient ses cheveux qui deviennent feuilles. Ce corps contraint, obligé de s’exprimer à la verticale, crée une écriture chorégraphique originale bien que limitée. 

Chez le poète latin, la voix est le dernier signe de vie de ces arbres. Madeleine Fournier propose quant à elle un autre prolongement. Son corps s’étire, ses bras larges prennent de l’ampleur pour quelques tours et sauts. Elle se retrouve ensuite face à Julien Desailly qui joue de ses chaussures en cuir, le rythme est relancé. Au lieu du silence, cette rencontre atténue la pesanteur du deuil. Elle entonne un dernier chant lumineux comme un nouvel espoir, signe qu’un rêve peut se réaliser. 

Cette pièce, entre exposition performative et mouvement, entre figure humaine et végétale, fascine par son attention aux détails autant qu’elle déroute par sa lenteur et son minimalisme. 

Crédits photographiques : Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon et Tamara Seilman

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