Artonov célèbre le Japon et creuse les limites de l’inouï
Artonov n'est pas un festival comme les autres. Tout d'abord parce qu'il attache une importance essentielle à la recherche des lieux, comme l'exprime Vincenzo Casale, son fondateur et directeur : « Le lieu est une composante essentielle de la pratique artistique dans le rituel de la représentation. » Ensuite parce qu'il attache un grand intérêt au côté artisanal de la création : « une fois ce travail de conception et de mise en œuvre accompli, l'œuvre acquiert une vie propre qui évolue avec le temps. C'est ce travail sans cesse repensé que je veux magnifier. » Et cette double démarche l'amène naturellement à l'Art nouveau et à sa philosophie de mise en valeur du travail artisanal. Une conception qui inspire clairement le titre de cette 12e édition, « We do not work alone ».
Une édition centrée sur le Japon
Celle-ci se focalise sur le Japon, pas seulement en lui-même mais aussi dans la façon dont il parle, à travers le temps et l'espace, à divers courants artistiques et pratiques créatives. Ainsi de « Les dieux de la maison », l'exposition phare de 2026, qui réunit un ensemble de sculptures bouddhiques populaires du Tōhoku et des textiles boro.
Le titre provient du céramiste Kanjirō Kawai, artisan du mingei, un mouvement qui a remis à l'honneur les objets du quotidien et le travail des artistes anonymes. Ces sculptures ont été façonnées par des artisans pour veiller sur leurs maisons, leurs villages, leurs récoltes. Casale les a découvertes lors d'un séjour au Japon en 2023. Elles ont été réalisées par des gens qui ne cherchaient ni à vendre, ni à plaire. Chaque pièce ajoutée raconte un même rapport à la matière. L'exposition aura lieu au Lab Artonov, dans les locaux de l'ancienne Centrale for Contemporary Art qu'Artonov va investir pendant un mois avant que le lieu ne soit cédé à d'autres occupants. Le festival va ainsi jouir de plus de 1500 m² dans le centre de Bruxelles. Les pièces japonaises dialogueront avec trois artistes : Michiko Van de Velde, Asya Amosova, artisane d'instruments, et le sculpteur Peter Jacquemyn.
Lab Artonov, un lieu d'échanges inédit
Une série de concerts originaux s'articulera autour de l'exposition. Le Ricercar Consort, dans « Musica Dei Donum », évoquera l'intimité des concerts à la maison autour de la viole et de ses consorts (4.10 à 16h). Suivront « Résonances au temple Mii-dera », un projet pluridisciplinaire autour des arts de la scène réunissant des moines, des artistes nô, des spécialistes des chants et instruments traditionnels dont le shōmyō et deux instrumentistes modernes dont le clarinettiste Makoto Yoshida, directeur artistique du projet (7.10 à 19h30).
Des publics divers seront visés, comme les tout-petits dans « Forêt paisible », proposée par le Chœur de Chambre de Namur (le 18.10 à 9h30, 11h30 et 15h30), ou « Transe(s) » d'Isabella Soupart et Guy Vandromme, qui réunit des artistes congolais et européens pour une rencontre relevant à la fois du concert, de la danse et de la performance (16.10 à 20h).
Plus strictement musical mais non moins varié, « Renaissance », où l'ensemble Sturm und Klang fait dialoguer Hosokawa, Isabel Mundry et Jörg-Peter Mittmann avec Dufay et Monteverdi (13.10 à 19h30).
Et tout se termine avec « Terres de passage » (23.10 à 19h), une réflexion du danseur et chorégraphe Harold Georges sur la relation entre l'humain, la nature et l'environnement numérique, qui réunit des élèves des conservatoires de Bruxelles et de Mons et de jeunes professionnels dans la musique de Haydn. Une belle illustration de l'incontournable travail de transmission dont se revendique toujours Artonov.
L'immersion dans de petits lieux
Mais Artonov, c'est aussi accueillir le public dans des lieux plus intimes. Chaque concert exige un placement original des auditeurs. Curieux, ceux-ci acceptent d'être dérangés dans leurs habitudes : ils recherchent l'inédit et on essaie de leur faire des propositions stimulantes. Ainsi, à l'Hôtel Winssinger, on propose quatre programmations différentes : musique improvisée avec Lukas Ligeti (11.10 à 16h), initiation au pianoforte avec Virgile Van Essche (11.10 à 12h), solo pour flûte traversière par Anna Besson (12.10 à 18h30) et Burkina Electric dans une sorte de théâtre musical en concert (12.10 à 20h30). Dans le même esprit, à l'Hôtel van Eetvelde, Thomas Bloch révélera le son limpide du cristal Baschet et du glassharmonica et, à la Maison Pelgrims, le harpiste Stef Van Vynckt jouera des œuvres de compositeurs belges.
Cerise sur le gâteau aux mille découvertes, Erwan Keravec anime à l'Usquare (8.10 à 20h) « 8 Sonneurs pour Philip Glass », confiées à… huit cornemuses !
Et ainsi va Artonov, avec encore d'autres propositions alléchantes à découvrir sur son site. Avec une fidélité fondamentale : celle, au-delà des multiples incertitudes qui nous rongent, de prendre le temps de découvrir et de réfléchir, de permettre des rencontres entre générations, entre professionnels d'horizons variés. Avec Artonov, l'art est en perpétuel mouvement, et le festival nous donne l'occasion de nous infiltrer dans cette mouvance enrichissante.
Crédits photographiques : Manjiro Tatsumi et Bart van Brussel
Du 4 au 23.10. Programmes, renseignements et billetterie sur www.festival-artonov.eu


