Borodine version Hollywood

par why is a rose for emily written in first person plural

Alexandre BORODINE (1833-1887)
Prince Igor
Ildar ABDRAZAKOV (Igor), Oksana DYKA (Yaroslavna), Sergey SEMISHKUR (Vladimir), Mikhail PETRENKO (Galitsky), Stefan KOCAN (Konchak), Anita RACHVELISHVILI (Konchakovna), Orchestre du Metropolitan Opera de New York, dir. : Gianandrea NOSEDA
2014-DVD-192'-Textes de présentation en anglais, français et allemand-DG 073 5146 (2 dvd)

Dès l'abord les choses tournent mal pour ce Prince Igor new yorkais. Sous prétexte de ne garder que ce qui est issu de la plume de Borodine, exclusivement, en rejetant toutes les retouches et ajouts de Rimsky-Korsakov et de Glazounov, nous sommes d'emblée privés de l'admirable ouverture. Le choeur d'entrée du premier acte est anémique au possible, comme privé d'énergie après quelques mesures. La première intervention d'Igor nous fait comprendre qu'on ne tient pas, avec Ildar Abdrazakov, un rôle titre qui restera dans les annales: n'est pas Ivanov, Batourine, Petrov ou Leiferkus qui veut. Les autres personnages sont assez honnêtement tenus sans pourtant pouvoir rivaliser avec leurs collègues des versions Melik Pachaiev (1941 et 1951), Svetlanov (1958) ou Ermler (1969), voire même Gergiev. Seul le Vladimir de Sergey Semishkur retient quelque peu l'attention mais il vaut mieux, en l'entendant, oublier les insurpassables et indispensables incarnations de Lemeshev et de Kozlovsky. Il est bien connu que les metteurs en scène doivent en grande partie leur succès en surfant sur la vague de l'actualité. Pendant la guerre contre l'Irak, on faisait de Macbeth un officier américain contemporain de retour chez lui et ayant passablement perdu la raison. Cette fois-ci, nous sommes transposés au beau milieu de la première guerre mondiale: les uniformes et costumes s'inspirent (mais dans le genre hollywoodien) de ceux portés par l'armée tsariste; les champs de coquelicots, fleurs devenues symbole de la souffrance du monde entre 1914 et 1918, tiennent lieu de décor pour une grande partie du premier acte. Ce n'est en soi pas un contresens absolu: Mongols au 13ème siècle, Allemands au 20ème ont menacé durablement l'intégrité, l'unité de la terre russe. Mais on ne peut s'empêcher de remarquer qu'une fois encore, les choix de mise en scène sont trop souvent inspirés par des modes éphémères. Par contre, on s'insurgera par contre les films noir et blanc sinistres, montrant cadavres et mourants sanguinolents, servant de toile de fond à certaines scènes, en complète contradiction avec le ton de celles-ci. Et que dire du moment le plus célèbre de l'opéra, les fameuses danses polovtsiennes, lesquelles sont menées par des créatures, sortes de filles (et de garçons) fleur, se contorsionnant avec langueur, à moitié nus, dans les champs de coquelicots déjà cités? Igor, tel un Parsifal slave, évolue au milieu de ces manifestations lascives, qu'il est difficile d'appeler danses, en lançant de ci de là des regards lubriques aux plus jolies créatures qu'il croise: heureusement, paraît-il, le ridicule ne tue pas. Est-il nécessaire d'en dire plus? A l'évidence, Noseda est un piètre chef de théâtre: tout est lourd, empesé, lent et ennuyeux. L'orchestre est certes brillant et virtuose mais a la grâce d'un troupeau d'éléphants. Tout n'est pas parfait dans la version filmée dirigée par Valery Gergiev (Decca) mais, tout au moins, la mise en scène y est tout à la fois respectueuse du texte et éblouissante de beauté. Nous ne pouvons donc que conseiller de dénicher cette représentation, en tous points supérieure à celle-ci, laquelle véhicule, en outre, nombre de clichés ridicules sur les us et coutumes du peuple russe.
Bernard Postiau

Son: 9 Livret: 5 Répertoire: 10 Interprétation: 4

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