Cap vers l’Outre-Manche : récital violon et harpe, un isthme entre Baroque et Folk

par

Good Taste. Spirit & pleasure. Turlough O’Carolan (1670-1738) : Lord Galway’s Lamentation ; Mac Donogh’s Lamentation ; George Brabazon first & second Air ; Dr John Stafford ; Lament for Charles MacCabe. Francesco Geminiani (1687-1762) : Lady Ann Bothwel’s Lament ; The last Time I came o’er the Moor. John Dowland (1563-1626) : Tarleton’s Jig. John Playford (1623-16687) : Greensleeves ; An English Masque. Rowallan’s Lute Book : A Tune. Traditionnel : The Gobby O Jig ; Mrs Ballantine’s Reel ; Mrs Fullarton ; An Clár Bog Deal ; She’s sweetest when she’s naked ; Lady Ann Bothwel’s Lament ; Lament ; The last Time I came o’er the Moor ; On the Brink of the White Rock ; Mr Sloane’s Reel ; Miss Georgina Mackay’s Reel ; Caitlin Triall ; Black at the Bone ; Thro’ the Wood ; Morrison’s Jig ; Barley Broth, a Jig ; Oh Nanny, wilt thou gang with me? ; The Roving Galway Boy ; The Reel of Bogie. Christoph Mayer, violon baroque. Johanna Seitz, harpe baroque. Monika Nielen, hautbois baroque. Livret en anglais, allemand. Février 2021. TT 57’28. Aeolus AE-10346

En ce jour de la Saint Patrick, coup de projecteur sur ce disque qui ne se consacre pas seulement à la musique irlandaise, mais aussi anglaise et écossaise. Sans poser ouvertement la question, le livret du CD sous-titré « folk baroque » soulève néanmoins des enjeux d’école. En tant que fonds continué ou immémorial, et même s’il comprend ses codes (par exemple, les typiques shakes et rolls), le répertoire traditionnel s’accommode voire requiert une certaine dose de liberté intemporelle, parfois au prix d’un archaïsme fantasmé. Le baroque fait lui référence à une époque dont l’interprétation peut relever d’une appropriation « historiquement informée » visant à retrouver le (ou un) mode de jeu associé à cette période. Néanmoins les frontières ne sont pas étanches, certains tubes folk, à défaut d’avoir été consignés, se sont établis par l’usage au fil du temps. Certains recueils ont même figé des pratiques vivantes. Et il n’est que d’entendre divers musiciens aborder une même œuvre baroque pour constater que le HIP peut supporter différents dogmes au gré de la marge de manœuvre. Les débats ne datent pas d’aujourd’hui. Le harpiste Turlough O’Carolan alimente une large part du CD. Il rencontra certains compositeurs comme Geminiani et n’hésitait pas à adapter voire imiter certains d’entre eux, témoignant d’une manière hybride, critiquée par des confrères comme Donnchadh Ó hAmhsaigh (c1695-1807) qui durant sa carrière centenaire cultiva la nostalgie du best old style.

Le duo que nous entendons sur cet album s’est rodé en public avant de pousser la porte du studio et nous livrer sa vision de lisière : « nous ne voulions pas seulement jouer les pièces traditionnelles dans un style baroque conforme à la historical performance pratice sur instruments d’époque ; nous avons passé un temps considérable à nous familiariser avec le mode de jeu de la musique folk traditionnelle jusqu’à le faire nôtre et combiner les deux approches » explique dans le livret Christoph Mayer, qui a joué avec des formations aussi sérieuses que Musica Antiqua Köln et le Quatuor Schuppanzigh. Le métissage penche certes pour une exécution assez cadrée,  tributaire de la formation et la pratique habituelle des deux artistes (Johanna Seitz se produit avec les meilleurs ensembles de musique ancienne, comme Musica Fiata, Concerto Köln ou le consort de Freiburg). Sans s’immiscer dans le versant le plus root, Monika Nielen prête la voix de son hautbois à quelques pages « écrites », de Dowland, Geminiani ou Playford. 

Au-delà des porosités esthétiques, on aurait apprécié que le court livret nous dise quelque mot sur le doigté, l’ornementation, l’accordage, et aussi sur la tenue d’archet dont le violoniste allemand se dit spécialiste. Si l’on accepte le principe crossover, et à condition de ne pas espérer la chaude ambiance live d’un pub, on savourera un excitant récital, techniquement assumé, qui n’oublie pas la poésie, et virtuose à souhait, pour preuve les traits de brio concluant l’English Masque. L’esprit et le plaisir convoités par le titre sont au rendez-vous.

Son : 9 – Livret : 6,5 – Répertoire : 8-9 – Interprétation : 9

Christophe Steyne

 

 

 

 

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