Casse-Noisette au Capitole : une version vintage sauvée par des danseurs de talent
Le conte de Nöel par excellence est souvent repris pour être modernisé. Aux Etats Unis comme en France, les danses orientalistes du second acte sont de plus en plus souvent remplacées par des passages évoquant les douceurs sucrées de Noël (comme à Bordeaux l’an dernier dans la très belle version de Boyadjiev) tandis que d’autres font le choix de remodeler l’histoire (comme Kader Belarbi en 2017 pour ce même ballet du Capitole lorsqu’il en était directeur). La version proposée à Toulouse pour ces fêtes 2025 est celle créée par Michel Rahn en 2009. Cette production fait le choix de la tradition : les danses stéréotypées sont toujours là et le kitsch du ballet de Nöel se retrouve dans les décors du second acte ainsi que dans les projections vidéos. Mais les danseurs investis et les solistes d’exception font presque oublier ces clichés pour ne retenir que la féerie du ballet.
Plusieurs plaisirs nous ancrent dans cette magie des fêtes de fin d’année.
D’abord nous découvrons l’Orchestre national du Capitole et la maîtrise de l’opéra pour interpréter les tubes de Tchaïkovski.
Ensuite nous retrouvons les merveilleux danseurs de l’opéra du Capitole. Lian Sánchez Castro, qu'on avait adorée dans le programme Balanchine, propose une Clara parfaite. Elle se confond d'abord avec les enfants avant de nous éblouir par sa précision et sa légèreté lors de ces apparitions solos.
La version de Michel Rahn propose des scènes particulièrement réussies comme celle de l’automate (Aleksa Žikić en soldat de plomb) ou la mythique valse des flocons. Avec 12 danseuses, le chorégraphe parvient à créer un passage néo classique féérique.l’ensemble des danseuses respirant d'un même souffle.
Si l’on oublie les poncifs excessifs du second acte, il permet de découvrir une distribution fabuleuse. La danse espagnole est pleine de panache et la danse orientale montre un vrai travail des mains de Solène Monnereau ainsi que des portés impressionnants et parfaitement maîtrisés (grand écart, tête en bas).
Le ballet se conclut sur deux passages grandioses : celui de l’étoile Natalia de Froberville en goutte de rosée menant la valse des fleurs : un moment suspendu de délicatesse et de musicalité. Deux passages de fouettés (le premier alterné avec des tours attitude, le deuxième en fouettés à l’italienne) se dressent sur son chemin, qu’elle maîtrise avec une facilité déconcertante. Les fleurs du corps de ballet l’entourent à merveille avec une vraie élégance des bras et des poignets. Enfin, la fée dragée Kayo Nakazato et le prince Bienfaisant Philippe Solano offrent un passage de grand pas à la technique solide.
Malgré les reproches qu’on peut faire à cette version vintage, le public, familial, acclame les danseurs et petits et grands ressortent ravis de cette féerie de fin d’année !
Toulouse, Opéra du Capitole, 27 décembre 2025
Crédits photographiques : David Herrero