Nouveautés

Les nouveautés audios, vidéos, les iivres et les partitions

Orgue italien : Luca Sartore poursuit son intégrale Morandi, Paolo Bottini échantillonne Luigi Picchi

par

Giovanni Morandi (1777-1856), intégrale de l’œuvre d’orgue, volume 5 : Quarta raccolta di sonate per gli organi moderni Op. 20. Quinta raccolta di sonate per gli organi moderni Op. 21. Raccolta di suonate per grand organi moderni Op. 22. Luca Sartore, orgue Callido-Merlini de l’église San Floriano Martire de Mardimago. Livret en anglais. Avril 2024. 74’15’’. Da Vinci Classics C00980

Luigi Picchi (1899-1970) : œuvres pour orgue. Fides invicta, Jerusalem, Minuetto, Scherzo en ré majeur, Toccata, Resurrezione, Per un eroe, Tempo di sonata, Capriccio, Minuetto-Scherzo, Marche “Lauda Sion”, Marche “Alleluia”, Marche “Veni creator”, Offertoire en do majeur, Alla Madonna delle lacrime, Regina cæli, Capriccio en do majeur, Tuba insonet salutaris, Assolo di Tromba Armonica, Exultet orbis, Marche nuptiale, Offertoire en mi majeur, Canzonetta, Scherzo en sol majeur, Berceuse et Saltarelle, Moto perpetuo, Finale giocoso, Davanti alla cuna, Musetta. Paolo Bottini, orgue Vegezzi-Bossi de l’Istituto dei Cechi de Milan. Livret en anglais. Décembre 2021 à avril 2022. Deux CD. 47’26’’ + 49’16’’. Brilliant 96098

Julien Libeer et ses complices nous offrent un Ravel d’une limpidité radicale

par

Maurice Ravel (1875-1937) : Vocalise-étude en forme de habanera, Jeux d’eau, Sonatine, Miroirs, gaspard de la nuit, Sonate pour violon et violoncelle, Valses nobles et sentimentales,Sonate pour violon et piano n°2, Le Tombeau de Couperin. Julien Libeer, piano ; Lorenzo Gatto, violon ; Bruno Philippe, violoncelle. 2025. Textes de présentation en français, anglais et allemand. 133’50''. Harmonia mundi HMM 902761.63

La musique aux accents optimistes de l’Américain Joel Puckett

par

Short Stories in London. Joel Puckett (°1977) : There Was a Child Went Forth, pour ténor et orchestre de chambre ; Concerto pour trompette ; Short Stories, concerto grosso pour quatuor à cordes et orchestre. Nicholas Phan, ténor ; Sean Jones, trompette ; London Symphony Orchestra, direction Joseph Young. 2024. Notice en anglais, en allemand et en français. 60’ 09’’. Avie AV2751.

Reines de la Terre et du Ciel, avec les Gesualdo Six et La Sportelle dirigés par Owain Park

par

Queen of Hearts. Œuvres d’Antoine Brumel (c1460-c1512), Josquin des Prez (c1450-1521), Loyset Compère (c1445-1518), Pierre de La Rue (c1458-1518), Constanzo Festa (c1485-1545), Owain Park (*1993), Antonius Divitis (c1470-c1530), Johannes Prioris (fl1485-1512), Jean Mouton (c1459-1522), Jean Lhéritier (c1480-p1551), Ninfea Cruttwell-Reade (*1989), Antoine de Févin (c1470-c1511), Nicolas Gombert (c1495-c1560), Jacobus Clemens non Papa (c1510-c1555). Owain Park, The Gesualdo Six. Guy James, Alasdair Austin, contre-ténor. Joseph Wicks, Josh Cooper, ténor. Michael Craddock, baryton. Samuel Mitchell, Owain Park, basses. Juin 2023. Livret en anglais ; paroles traduites en anglais. 66’47’’. Hyperion CDA68453

Hymne à la Vierge. Œuvres d’Igor Stravinsky (1882-1971), Neil Cox (*1955), Henryk Mikołaj Górecki (1933-2010), Tomás Luis de Victoria (c1548-1611), Antoine Brumel (c1460-c1512), Judith Bingam (*1952), Owain Park (*1993), Edvard Grieg (1843-1907), Hildegard von Bingen (1098-1179), William Byrd (1540-1623), Joanna Ward (*1998), John Tavener (1944-2013), Pierre Villette (1926-1998), anonymes. Owain Park, Ensemble La Sportelle. Marie-Josée Matar, Armelle Cardot, soprano. Maëlle Javelot, Amalia Lambel, alto. Matthias Deau, Richard Golian, ténor. Thierry Cartier, Noé Chapolard, Xavier Margueritat, basse. Mars 2025. Livret en français, anglais ; paroles en traduites en français, anglais. 54’19’’. Rocamadour # 11

Sylvia Huang et Boris Kusnezow enchantent à Flagey

par

On ne reprochera pas à Sylvia Huang, violoniste justement appréciée du public bruxellois depuis sa brillante place de finaliste du Concours Reine Elisabeth en 2019 et actuellement Konzertmeisterin de La Monnaie, et au pianiste Boris Kusnezow d’avoir mis à profit leur récital à Flagey pour présenter dans un concert sans entracte d’un peu plus d’une heure le programme de leur nouvel album intitulé Ode to Mother Nature (paru chez Fuga Libera) et d’avoir offert au public remplissant jusqu’au dernier siège du Studio 1 du paquebot des Étangs d’Ixelles un choix d’oeuvres placées sous le signe des saisons changeantes et d’une nature toujours frémissante.

C’est  avec une très subtile interprétation de D’un matin de printemps de Lili Boulanger, cette compositrice si douée et fauchée bien trop tôt par la maladie, que Sylvia Huang -qui présente d’ailleurs chaque morceau en anglais (ça fait plus international)- et son excellent partenaire Boris Kusnezow, qu’on félicitera d’avoir réussi à parfaitement maîtriser l’acoustique très réverbérante du Studio 1, font preuve de la finesse et de la pudeur que cette brève oeuvre requiert. Suit la méconnue Première sonate pour violon et piano « Printemps » de Dora Pejačević (1885-1923), cette compositrice croate de grand talent qu’on redécouvre depuis peu. Sylvia Huang adopte à présent un son plus opulent et un phrasé plus généreux dans cette oeuvre d’un romantisme élégant et sans lourdeur d’une compositrice à l’impressionnant don mélodique (on pense par moments aussi bien à Mendelssohn qu’à Saint-Saëns). Quant à Kusnezow, il fait preuve d’une grande aisance dans cette partition qui exige beaucoup du pianiste également. Après un deuxième mouvement solaire, cette belle découverte se termine sur un Finale vif et gai. 

Du printemps on passe à l’été, avec les Summer Thoughts du compositeur finlandais Einojuhani Rautavaara. Même si l’été nordique, pensif et méditatif, n’a rien de brûlant, la violoniste déclame la musique de belle façon et avec une impressionnante égalité d’archet.

Quelques sonates pour piano

par

Heureux pianistes dont le répertoire est sans cesse revisité par les éditeurs d’urtext. Pas une note qui leur échappe, pas une parcelle de manuscrit ou d’édition originale qui ne soit passée au crible. Et comme on en redécouvre régulièrement, les nouvelles éditions fleurissent. Mais une question me taraude néanmoins, bien qu’étant moi-même à l’affut du moindre détail qui rapprocherait encore davantage l’interprète du compositeur : qu’en pense l’auditeur ? peut-il vraiment apprécier ces rectifications qui relèvent souvent du détail ? 

Ptêt ben qu’oui, ptêt ben qu’non, auraient répondu mes ancêtres les Normands (je ne sais pas s’il y avait un barde parmi eux). Parfois, c’est perceptible, parfois c’est invisible. Certains interprètes, fervents défenseurs de ces nouvelles éditions, s’amuseraient-ils à insister un peu trop sur les variantes et corrections ? Loin de moi une telle idée. Mais le côté invisible n’est pas toujours inodore et sans saveur, car certaines corrections ouvrent les yeux et peuvent modifier l’approche globale. Un seul exemple, les fameux points sur les notes qui ont transformé le jeu beethovénien et schubertien. 

Chopin est un puits sans fond pour les musicologues, tant il corrigeait ses éditions en faisant travailler ses élèves. La multiplicité des sources relève parfois du calvaire. On connaît les variantes des différentes valses. Ici, pas de problème, notre auditeur lambda ne pourra pas les rater. Ailleurs, c’est moins évident. Deux éditions récentes de la Sonate en si mineur (la troisième, op. 58) en apportent la preuve. Comme souvent à l’époque, Chopin la fit éditer simultanément à Paris, à Leipzig et à Londres. Mais, compte tenu de l’éloignement, il ne vérifia les épreuves que de l’édition parisienne. C’est pourtant celle de Breitkopf qui allait devenir la source de toutes les éditions ultérieures. Jusqu’à ce que Paul Badura-Skoda mène campagne pour restituer les ultimes volontés de Chopin. Approche concrétisée dans la nouvelle édition Bärenreiter qui intègre à la source Breitkopf les modifications apportées par Chopin. L’édition que propose Henle relève d’un autre choix : Norbert Müllemann considère qu’il serait trop compliqué de superposer les deux sources qui sont proposées séparément dans le même volume. Nul doute que les pianistes vont se précipiter sur ces éditions. Mais laquelle choisir ? Face à un choix si cornélien, une seule réponse : les deux mon général.