David Plantier réveille de rares sonates pour violon du Baroque Français
Les violons des Lumières. Sonates de Jean-Pierre Guignon (1702-1774), Jean-Joseph Cassanea de Mondonville (1711-1772), Jacques Aubert (1689-1753), Jean-Baptiste Quentin (1690-1742), Antoine Dauvergne (1713-1797), Charles-Antoine Branche (1722-1779). Les Plaisirs du Parnasse. David Plantier, violon. Annabelle Luis, violoncelle. Ludovic Coutineau, contrebasse. Violaine Cochard, clavecin. Livret en anglais, français. Juillet 2023. 71’42’’. Ricercar RIC 461
Avec un archet de pèlerin, David Plantier a arpenté la floraison de sonates dont Jean-Marie Leclair est l’hypocentre et auquel il avait déjà consacré un magnifique album en avril 2021, pour Ricercar. Après un siècle de suprématie italienne, Paris s’affirmait comme la capitale européenne du violon, non sans subir l’influence ultramontaine. Le programme explore ces deux décennies qui virent l’avènement de l’école française, en sélectionnant six œuvres échelonnées entre 1728 et 1748. Au cœur du règne de Louis XV s’affrontent et rivalisent des virtuoses attachés au Concert Spirituel, à l’Académie royale. Ainsi l’hégémonique Ghignone, concurrençant Leclair, et se fâchant avec Mondonville auquel il ravit la préséance dans l’apprentissage du Dauphin.
Au-delà de la stricte habileté technique et de l’arsenal de virtuosité hérités des Latins, le raffinement gagne aussi le style, annonçant le préclassicisme et l’ère galante (Dauvergne). Les tonalités souvent mineures (cinq des six sonates) garantissent l’expressivité et l’intensité des sentiments. On y entend aussi un sens du théâtre rappelant que l’on ne se trouve jamais loin de l’opéra. Ainsi la fière Ciaconna de Jacques Aubert et ses effets de canonnades. En aval de cette anthologie, le rare Charles-Antoine Branche synthétise ces tendances dans un creuset où l’archaïsme d’une fugue précède la fluidité d’un vaste rondeau. En ces pages illustrant surprises harmoniques et subtilité oratoire, que son instrument (un Guadagnini de 1766) sert avec une palette sombre et complexe, David Plantier se montre digne des « passions mêlées » théorisées par le Traité du récitatif de Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest (1659-1713).
Outre la sensibilité poétique du soliste et son jeu impeccable, au faîte des exigences de cette esthétique, on saluera autant l’attentif accompagnement tissé par Les Plaisirs du Parnasse, bienveillant écrin qui sait se faire éloquent (incartades pizzicati et ricochets de cordes graves dans le Grasioso de Quentin). En admirant cette Gavotte de Dauvergne, on conviendrait, en paraphrasant la dédicace de Voltaire, que la fine maîtrise, l’élégance, la chaste tenue de David Plantier contractent un parfait mariage avec les élans chorégraphiques qu’il y instille. Réconciliant ainsi la verve d’une Camargo et l’art délicat, arachnéen d’une Marie Sallé : « les Nymphes sautent comme vous, et les Grâces dansent comme elle ».
Christophe Steyne
Son : 8,5 – Livret : 8,5 – Répertoire : 8-9 – Interprétation : 10