De Connesson à Ravel, la Dresdner Philharmonie sous la direction de Stéphane Denève
Ce samedi 24 octobre, la Dresdner Philharmonie se produit au Kulturpalast sous la direction du chef français Stéphane Denève. Quatre œuvres sont au programme : Flammenschrift de Guillaume Connesson, le Concerto pour violoncelle et orchestre en la mineur, op. 129, de Robert Schumann, la Symphonie n° 3 en sol mineur, op. 42, d’Albert Roussel, et le célèbre Boléro de Maurice Ravel. Le violoncelliste français Jean-Guihen Queyras est le soliste de la soirée.
Composée en 2012, Flammenschrift de Guillaume Connesson s’inspire du tempérament passionné de Beethoven. Son écriture rythmique incisive et son orchestration virtuose multiplient les références à la tradition musicale allemande, notamment à Beethoven, Brahms et Richard Strauss.
Véritable découverte, cette pièce marque d’emblée par l’engagement des musiciens et son rythme intense et soutenu, qui laisse peu de place aux temps morts. Sous la baguette dynamique et claire de Stéphane Denève, l’œuvre déploie une énergie constante. Le ton est donné dès les premières notes : le public, surpris par cette entrée en matière, reste tenu en haleine jusqu’à la dernière.
Composé en 1850, le Concerto pour violoncelle de Robert Schumann appartient à la dernière période créatrice du compositeur. L’œuvre privilégie le dialogue entre le soliste et l’orchestre, dont les parties s’entrelacent constamment, plutôt que la virtuosité spectaculaire.
L’interprétation de Jean-Guihen Queyras se révèle pour le moins inattendue, loin des lectures plus traditionnelles du concerto. Le soliste privilégie un jeu transparent et peu démonstratif, mais cette retenue ne convainc pas toujours. Dans le premier mouvement, l’orchestre met quelques mesures à trouver sa place et les motifs rythmiques à contretemps manquent parfois de précision, une impression qui persiste ponctuellement. Le Langsam paraît quant à lui un peu plat, et le dialogue entre le soliste et le premier violoncelle peine à convaincre. Le contraste entre leurs vibratos — presque absent chez Queyras, beaucoup plus marqué chez son partenaire — nuit à l’homogénéité de l’ensemble. Le dernier mouvement se montre plus convaincant, tant musicalement que dans la mise en place, avec un élan rythmique rebondissant et une tension subtile.
Cette approche épurée rappelle celle de l’enregistrement de Queyras avec le Freiburger Barockorchester dirigé par Pablo Heras-Casado, où les instruments d’époque favorisent une interprétation chambriste et nuancée. À la Dresdner Philharmonie, cette esthétique très retenue ne trouve toutefois pas toujours son équilibre : le soliste et l’orchestre semblent parfois évoluer dans des directions différentes.
Créée en 1930 pour le cinquantième anniversaire de l’Orchestre symphonique de Boston, la Troisième Symphonie d’Albert Roussel associe clarté néoclassique, puissance rythmique et orchestration colorée. Son mouvement lent contraste avec les deux mouvements rapides, tandis que le finale comporte des allusions ironiques à Stravinsky, Beethoven et Berlioz.
Cette symphonie constitue une très belle découverte, servie par une excellente prestation de la Dresdner Philharmonie. Stéphane Denève dirige la partition avec précision et clarté, faisant ressortir les principaux motifs et les contrastes entre les pupitres. Le premier mouvement se distingue par la maîtrise des changements de rythme et l’équilibre entre les cuivres et les bois. L’Adagio met en valeur le phrasé des cordes et les interventions des bois, tandis que le Vivace bénéficie d’une articulation précise et d’échanges nets entre les pupitres. Le final est particulièrement réussi, grâce à une progression bien maîtrisée et à des contrastes efficaces entre passages lyriques et épisodes plus animés. Dirigeant par cœur toute cette seconde partie du concert, Denève démontre une connaissance approfondie de l’œuvre. Mention spéciale pour les solos réussis avec brio du Konzertmeister, Robert Lis.
Le Boléro conclut le concert de manière convaincante, avec des solos exécutés avec brio. Alexej Bröse assure la partie de la caisse claire avec une grande maîtrise, maintenant la régularité rythmique essentielle à l’œuvre. On peut toutefois regretter le réglage de l’instrument au début, dans le pianissimo : le timbre manque de finesse et laisse davantage entendre le son du tambour que le bruissement caractéristique attendu. Par ailleurs, l’éloignement de la seconde caisse claire, placée quelques mètres derrière la première plutôt qu’à ses côtés, ne facilite pas la coordination entre les deux percussionnistes. La mise en place aurait ainsi pu gagner en précision lors des dernières mesures. Malgré ces toutes petites réserves, l’interprétation reste une grande réussite, portée par la qualité des solos et la progression orchestrale maîtrisée avec soin par Denève. Les exclamations du public et les applaudissements nourris témoignent de l’accueil très favorable réservé à cette deuxième partie de la soirée.
Dresde, Kulturpalast, le 24 octobre 2026
Thimothée Grandjean
Crédits photographiques : Jessica Griffin



