Envoûtant panorama des orgues baroques de Styrie, avec Peter Waldner

par

Historische Orgeln der Steiermark. Oeuvres de Christian Erbach (c1570-1635), Johann Jacob Froberger (1616-1667), Johann Caspar Kerll (1627-1693), Bernardo Storace (fl. XVIIe siècle), Johann Speth (1664-c1728), Domenico Zipoli (1688-1726), Georg Muffat (1653-1704), Johann Krieger (1651-1735), Gottlieb Muffat (1690-1770), Georg Friedrich Händel (1685-1759), Mattia Vento (1735-1776), Franz Xaver Schnizer OSB (1740-1785), Johann Ernst Eberlin (1702-1762), Joseph Haydn (1732-1809), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Jacob Hassler (1569-1712), Hans Leo Hassler (1564-1612), Anton Estendorffer (1670-1711), Johann Joseph Fux (1660-1741), Franz Xaver Murschhauser (1663-1738), Johann Caspar Ferdinand Fischer (c1662-1746), Johann Gottfried Walther (1684-1748), Giovanni Battista Pescetti (1704-1766), Johann Ludwig Krebs (1713-1780), Johann Adolph Hasse (1699-1783), Domenico Alberti (1717-1740), Baldassare Galuppi (1706-1785). Peter Waldner, sur douze orgues baroques de Styrie à St. Veit am Vogau, Pöllau, Pöllauberg, Leoben-Göß, Bruck an der Mur, Schloss Eggenberg/Graz, Fürstenfeld, Birkfeld, St. Georgen am Gasenbach. Livret en allemand, anglais. Juillet & octobre 2022. TT 76’52 + 79’38. Tastenfreuden 13. 

Dans la discographie de Peter Waldner, aussi impeccable que régulièrement abondée, on se souvient de deux albums consacrés à des orgues alentour de Renon, dans la province de Bolzano, parus chez Extraplatte (2004). Et plus anciennement encore deux enregistrements sous étiquette ORF Tirol : Baldachin-Orgel Churburg 1559 et Die Chororgel im Stift Stams dont nous avions dûment salué la réédition. Natif de Malles Venosta, ce maître des claviers d’époque ne perd jamais une occasion de valoriser le patrimoine organologique d’Autriche et de l’Italie germanophone. Il nous revient avec une boîte à bonbons, et un coffre aux trésors, glissé dans un élégant étui cartonné. Un copieux double-album qui a écumé la région de Styrie, pour ce portrait de douze orgues historiques, documentant un tiers du biotope baroque local, influencé par la dialectique entre Protestantisme et Contre-Réforme.

Reflets d’une facture d’où les anches sont presque bannies, mais toute de souplesse, de lumière, de suavité, dont on entend d’autres avatars dans la voisine Carinthie -voir le succulent CD de Florian Pagitsch, chez MDG, septembre 1996. Le panorama s’avère plus vaste que celui déployé par Albert Bolliger dans le volume 3 de son anthologie Historische Orgeln in Österreich (Sinus, 2002), lui aussi dédié aux contrées de Steiermark. La destinée de certains orgues, remaniés au fil du temps, et les bornes chronologiques du présent parcours expliquent peut-être que le voyage ne se soit pas arrêté à la Pfarrkirche de Straden, ni à la Wallfahrtskirche de Frauenberg.

Certains instruments remontent au début du XVIIe siècle, la plupart datent de la première moitié du XVIIIe, les plus tardifs de 1759 (château d’Eggenberg/Graz), 1765 (Birkfeld), 1767 (St Georgen am Gasenbach). Quelques consoles n’excèdent pas quatre jeux (St. Nikolaus in Pischk de Bruck an der Mur, St. Anna de Pöllauberg), les plus fournies ne sont pas démesurées : 14 jeux (Filialkirche de St. Georgen am Gasenbach), 18 jeux (Wallfahrtskirche de Pöllauberg, en couverture), 21 jeux (St. Vitus de St. Veit am Vogau, qui en Montre déploie des Principaux de 1585 et 1614) voire 24 jeux pour les deux nomenclatures les plus abondantes (St. Vitus de Pöllau, St. Peter & Paul de Birkfeld). Malgré les acoustiques diversement réverbérées, la visite s’enchaîne sans hiatus sonore dans la mesure où, d’alcôve en tribune, même les buffets les plus modestes rayonnent sans sécheresse.

Il n’y a pas à gloser sur le choix du répertoire, aussi idiomatique que possible, principalement voué à des compositeurs autrichiens et sud-allemands. S’y illustrent les genres de la Sonata, de la Toccata, du Ricercar, de la Variation (Partite sur La Todesca de Speth), de la Canzon, de la Fantasia, du Capriccio, de la Chaconne… La danse (bourrée, gigue, menuet) y côtoie quelques pages liturgiques (chorals de Krebs et Walther). On retrouve quelques superbes pages de Georg Muffat (Toccata sexta), Jacob Hassler (Fantasia noni toni), Storace (Ciaccona en ut majeur) ou Froberger (Ricercare, Capriccio). Quoique toutes les œuvres ne soient pas des pépites, le charme des tuyaux opère sans tarir ni lasser. D’autant que les captations s’avèrent aussi réalistes que séductrices, jusqu’aux hédonistes galanteries de Galuppi qui referment le récital par une affolante phonogénie. Deux heures et demie où le plaisir de l’oreille redouble l’intérêt de la découverte.

On ne taira pas la suprématie de l’interprétation, aussi précise que suggestive, et souvent à se pâmer (Capriccio desperato de Gottlieb Muffat à l’ancienne abbaye St. Vitus de Pöllau). On ne peut qu’admirer la pertinence des registrations, dont on aurait apprécié mention dans le livret, lequel détaille toutefois la disposition de chaque console au gré d’une notice illustrée pour chaque étape. Signalons au passage que les lecteurs germanophones profiteront du texte en allemand, plus développé que celui en anglais qui le condense. Enfin, pour l’anecdote : la toute première plage inclut la Canzona quarti toni de Christian Erbach, qui figurait dans « Historic Organs of Austria » (Sony, septembre 1995) de Gustav Leonhardt, peut-être le plus magistral disque jamais consacré à l’écosystème autrichien. Un augure qui place ce double-album, enjôleur et vivant musée, sous les meilleurs auspices. Et laisse ardemment désirer que Peter Waldner, après cette fascinante galerie styrienne, nous offre bientôt d’autres excursions dans les amonts de cette Europe danubienne.

Christophe Steyne

Son : 9-9,5 – Livret : 9 – Répertoire : 6-9 – Interprétation : 10

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