Florilège monteverdien autour des « larmes d’amoureux » : émotion du texte et du contexte

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Lagrime d’amante. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Baci, soave e cari (Livre I). Ecco mormorar l’onde ; Mentre io miravo fiso de la mia donna (Livre II). Rimanti in pace ; O primavera, gioventú dell'anno (Livre III). A un giro sol de'begl'occhi lucenti ; Non piu guerra, pietate ; Ah dolente partita ; Longe da te cor mio (Livre IV). Era l'anima mia ; Ecco Silvio, colei (Livre V). Zefiro tornaLagrimae d'Amante al sepolero dell'amata (Livre VI). La Compagnia del Madrigale : Rossana Bertini, Francesca Cassinari, sopranos ; Elena Carzaniga, alto ; Giuseppe Maletto, Raffaele Giordani, ténors ; Daniele Carnovich, Matteo Bellotto, basses. Livret en anglais, français, italien, allemand ; paroles des chants en italien et traduction en anglais. Septembre 2018, juillet 2020. TT 76’31. Glossa GCD 922810

Le titre de cette anthologie résume la thématique pétrarquiste de l’album (« les larmes de l’amoureux ») et s’emprunte à une pièce du Livre VI, évoquant la disparition de La Romanina : Caterina Martinelli, jeune chanteuse morte à dix-huit ans que Monteverdi hébergeait sous son toit pour son éducation musicale. Ce drame affligea le compositeur déjà récemment éprouvé par la mort de son épouse. Heureusement moins tragique que cette conclusion fatale, le CD pioche aux six premiers Livres de madrigaux, publiés à Venise entre 1587 et 1614, étapes de la première veine créatrice qui sera métamorphosée dans les deux suivants (1617, puis les Madrigali guerrieri e amorosi de 1638). 

Rappelons que La Compagnia del Madrigale rassemble des chanteurs (Rossana Bertini, Giuseppe Maletto, Daniele Carnovich) qui entretiennent une permanente collaboration depuis le Concerto Italiano de Rinaldo Alessandrini : on les trouve déjà dans le Sesto Libro gravé pour Arcana en mai 1992. D’autres CD advinrent chez Opus 111. Claudio Cavina appartenait à la bande et créa son ensemble La Venexiana en 1995, publiant leur premier album Monteverdi (Settimo Libro) en 1999 ; l’intégrale des neuf Livres fut bouclée dix ans plus tard en 2009. Décidés à poursuivre leur propre aventure, quelques chanteurs entreprirent alors de constituer La Compagnia del Madrigale, qui regroupe ainsi trois membres historiques du Concerto Italiano.

Cette connivence de longue date est sans doute un des ferments de l’homogénéité que nous entendons ici, mais aussi d’une aisance qui semble résulter d’une profonde confiance. Même si quelques timbres ont perdu de leur fraîcheur, la souplesse, la qualité d’émission restent intactes. Et surtout la faculté de raconter, de donner du sens aux phrases, de la couleur aux lignes, de les vivre et d’en faire partager l’émoi. Une vertu tellement préférable à ces autres équipes obsédées par le froid dessin polyphonique. Sans atténuer le contraste nécessaire aux plaintes (la lamentation hâve du Ah dolente partita, les éclats du A un giro sol de'begl'occhi lucenti), l’interprétation jette un regard mûr, lucide (et peut-être rassérénant) sur l’affect des notes et oxymores du texte. Ce qui culmine sur un Lagrimae d'Amante al sepolero dell'amata au souffle presque religieux, où la virtuosité s’efface au profit de la seule poésie, funèbre, bouleversante.

Face à ce cortège de pleurs pour la nymphe, on sera d’autant plus ému en apprenant que le disque est dédié à Daniele Carnovich, disparu en septembre l’an dernier, membre fondateur de La Compagnia del Madrigale en 2009, pierre de touche du répertoire madrigalesque, fidèle compagnon des équipes vocales de Jordi Savall, et dont la basse fruitée laisse un manque. Sous son format de florilège, on aurait pu imaginer que le présent disque augurât d’une nouvelle intégrale monteverdienne, qui sera peut-être d’ailleurs envisagée par La Compagnia renouvelée. En l’état, on l’admire comme un codicille aux remarquables témoignages enregistrés depuis trente ans par des chanteurs émérites qui, au gré des reformatages, ont toujours su remarquablement s’entourer de partenaires complices de leur esthétique si expressive.

Son : 9 – Livret : 10 – Répertoire : 10 – Interprétation : 10

Christophe Steyne

 

 

 

 

 

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