Francesco Piemontesi et Manfred Honeck, Brahms aux sommets 

par

Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano n° 2, Op. 83 , Trois Intermezzi Op. 117. Francesco Piemontesi, piano, Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, Manfred Honeck, direction,  2025. Livret en anglais. 61’03’’. Pentatone.  PTC  5187 461. 

La couverture de cette parution s’orne d’une photo en noir et blanc de Francesco Piemontesi posant l’air serein devant un très sévère buste de Brahms. À le voir ainsi, on se demande -avant même d’avoir écouté cet enregistrement- si la réputation justifiée d’extrême difficulté du Deuxième concerto pour piano du compositeur hambourgeois ne risquerait pas quand même d’intimider le fin pianiste suisse à qui cette même oeuvre avait valu une troisième place au Concours Reine Elisabeth en 2007.

Mais il n’en est rien. Face à une œuvre aussi célèbre et objet de tant d’illustres versions discographiques, Piemontesi offre une approche aussi personnelle que captivante. Dans ce concerto hors-normes tant sur le plan la durée que des terribles exigences techniques et interprétatives qu’il impose au soliste, le pianiste tessinois opte pour une vision aussi personnelle que captivante et même comparée  aux grandes versions qui auront marqué la discographie comme ces combats de titans que nous donnent Backhaus avec Schuricht ou Böhm, Serkin/Szell ou Gilels/Jochum, le digne stoïcisme des très sous-estimés Istomin et Ormandy, le superbe partenariat de Pollini et Abbado dans leurs deux versions ou encore l’excellent et un peu oublié Richter/Leinsdorf. 

Osons dire que Piemontesi et Honeck ne déparent pas en cette illustre compagnie. Il faut d’abord souligner l’approche invariablement intéressante et musicienne du soliste. Tournant le dos à une conception souvent marmoréenne de ce chef-d’oeuvre qui réclame effectivement une indéniable hauteur de pensée, Piemontesi opte pour une exécution d’une merveilleuse fraîcheur rendue justement possible par une sereine maîtrise technique qui n’est jamais une fin en soi mais qui se fait oublier tellement elle est mise au service d’une interprétation d’une exceptionnelle délicatesse et spontanéité, captée qui plus est en concert.

Il va de soi que dans cette œuvre où piano et orchestre sont à ce point imbriqués une telle vision doit être soutenue par un chef et un orchestre qui, plus que des partenaires, doivent être des complices. Et c’est exactement ce que nous offre Manfred Honeck à la tête d’un orchestre du Gewandhaus aux belles couleurs chaudes. Voici un chef qui a vraiment étudié la partition et ne fonctionne à aucun moment en pilote automatique, aidé par un orchestre clairement ravi de sortir de la routine dans une partition si bien connue.

Dès le fameux solo de cor qui ouvre le concerto, on est conquis par le naturel et l’aisance exceptionnelle du jeu du soliste qui dialogue en permanence avec l’orchestre dans une vision quasi chambriste et fait montre d’un irrésistible sens du flux musical. La clarté du jeu de Piemontesi est remarquable, ses traits de virtuosité sont impeccables, rien ne pèse. On admire aussi la parfaite maîtrise de la tension et de la ligne du soliste comme du chef qui fait que tout respire à tout moment..

Dans le Scherzo, l’aisance du pianiste, la luminosité de sa sonorité, la subtilité du jeu de questions-réponses avec l’orchestre sont superbes. Tout est marqué ici du sceau d’un irrépressible élan juvénile sans que rien ne soit jamais exagéré.

Ouvert par le subtil solo d’un violoncelliste qui aurait mérité de voir son nom figurer dans le livret, l’Andante permet d’apprécier la finesse de la déclamation du pianiste qui ose quelques petits ritardandi et offre de magnifiques demi-teintes.

Bondissant et gai, le Finale gambade sans la moindre lourdeur. À nouveau, la légèreté des traits est superbe et tout avance avec détermination mais sans hâte. Piemontesi veille à toujours bien marquer les rythmes et à articuler avec soin sans que rien ne soit forcé ni crispé et conclut une interprétation du plus haut niveau par cet alliage d’éloquence et de simplicité dont il ne se sera départi à aucun moment.

Après le concerto, Piemontesi nous livre encore à titre de très beau bis, les Trois Intermezzi, Op. 117. S’il ne fait pas ici oublier Gieseking, Lupu ou Volodos, il est un guide très sûr dans ces pièces si intimes qui ne se livrent facilement ni à l’interprète ni à l’auditeur. Après le mélange de tendresse, de stoïcisme et de dépouillement de la première pièce, l’interprète affronte les difficultés bien plus considérables du deuxième où il maintient une superbe égalité de toucher.

Dans le sombre troisième Intermezzo , l’interprète trouve exactement la note de passion retenue de l’œuvre, concluant ainsi un très bel enregistrement. 

Son 10 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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