García Alarcón magnifie la dimension humaine et spirituelle de Theodora

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George Frideric Handel (1685-1759) : Theodora, oratorio en trois actes, HWV 68. Sophie Junker (Theodora), Dara Savinova (Irene), Christopher Lowrey (Didymus), Matthew Newlin (Septimius), Andreas Wolf (Valens), Frederico Projecto (Messenger) ; Chœur de Chambre de Namur ; Millenium Orchestra, direction Leonardo García Alarcón. Texte de présentation en français et en anglais. 146'21. 2 CD Ricercar RIC 485.

Créé en 1750, Theodora est loin d’avoir connu le même succès que d’autres oratorios du compositeur : trois exécutions à la création devant un public restreint et une reprise cinq plus tard. Et pour tout compléter, la première édition fidèle date de …1984 ! Nikolaus Harnoncourt s’y intéresse très rapidement et l’enregistre dès 1990 à Vienne. Le grand choc viendra sans doute des représentations de Glyndebourne mises en scène par Peter Sellars où William Christie dirigent Dawn Upshaw, Lorraine Hunt et David Daniels.  L’œuvre séduit manifestement le chef américain qui la reprend au Théâtre des Champs Elysées dans une mise en scène de Philippe Langridge. Au disque, c’est Emelyanychev et l’orchestre du Pomo d’Oro qui créé l’événement dans une lecture très vocale ave Lisa Oropesa et Joyce DiDonato.

Mais c’est sans doute Leonardo García Alarcón qui nous en donne l’interprétation la plus humaine. Là où Harnoncourt, longtemps référence incontestée, déploie un dramatisme assez solennel qui fait des personnages des archétypes, le chef argentin redonne à la partition une dimension humaine, avec des caractères très tranchés qui laissent transparaître une émotion très prenante : concentrée, intérieure et néanmoins émouvante dans le personnage de Theodora, une héroïque martyre qui assume avec ferveur ses choix (Sophie Junker), engagée chez Irène, commentatrice fervente de l’action (Dara Savinova), admiratif et amoureux malgré sa rôle officiel, en Didymus dont Händel accompagne très bien le trajet qui le conduira au sacrifice final avec Theodora (Christipher Lowrey). Par contraste le gouverneur romain d’Andreas Wolf impose à juste titre une vigueur univoque.

La grande diversité de García Alarcón réside dans le traitement du chœur où le Chœur de Chambre de Namur se différentie fort efficacement entre la morgue autoritaire des Romains et la compassion et des chrétiens. A ce titre, cette version est sans doute la plus fervente de ce rare chef d’œuvre d’Händel car il ne faut pas oublier que Theodora est son seul oratorio sur un sujet non biblique. Au-delà de la dignité de leurs personnages, la piété imprègne complètement les interventions des trois héros chrétiens, donnant à leurs incarnations une dimension humaine particulièrement émouvante. Elle s’impose par sa vérité sans faire oublier le souvenir, impérissable, de Hunt et Upshaw à Glyndebourne.

C’est cette humanité assumée qui constitue l’apport essentiel de García Alarcón, resituant cette version dans la lignée de ses oratorios bibliques auxquels il restituait la même dimension dramatique avec un sens secret du théâtre qui rapproche ces pages des opéras antérieurs sans rien oublier de leur spiritualité. Une approche cohérente de Händel qui fera date.

Son 9 Livret 10 Répertoire 10 Interprétation 9

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