Hymne à un joyeux anniversaire pour Jean-Claude Casadesus
L'Orchestre national de Lille retrouvait pour la deuxième fois cet automne Jean-Claude Casadesus dans l'auditorium du Nouveau Siècle, fraîchement rouvert à l'issue de 18 mois de travaux.
Après une pièce de la compositrice Graciane Finzi suivie d’un long changement de plateau, l’orchestre put donner la mesure du talent mélodique de ses pupitres de bois et celle de sa qualité d’écoute harmonique dans le Concerto pour piano de Grieg. Placé à l’occasion du cinquantenaire de la formation sous la baguette de son chef fondateur Jean-Claude Casadesus, éternel jeune homme de 90 ans à l’énergie non feinte, l’orchestre fit des merveilles dans cette partition si célèbre. Une remarquable densité des cordes dans l'Allegro molto moderato initial, des couleurs chambristes parfaitement fondues et de beaux appuis des cuivres dans l'Adagio et une grande vigueur rythmique dans l'Allegro moderato molto e marcato offrirent l’accompagnement idéal à Nikola Meeuwsen.
Jeune pianiste néerlandais de 24 ans, Premier Prix du Concours Reine Élisabeth en 2025, il sut conquérir le public par un jeu simple, clair, ample et d’une grande robustesse. Dosant la puissance à propos, il garda une impressionnante marge d’expansion pour la vaste cadence qui conclut le Ier mouvement, dans laquelle il atteint un impressionnant niveau de projection et de puissance narrative. Ce côté crystal clear allié à une riche expressivité se retrouva aussi bien dans la douceur des phrases du mouvement lent que dans l'exultation du finale, confirmant les impressionnants moyens de l’interprète et sa vision très transparente et architecturale de l’œuvre.

Du Roméo et Juliette de Prokofiev, on voudrait ne rien dire tant la partition ( huit extraits des Suites n°1 et 2 étaient proposés ce soir-là) sonna juste d’un bout à l’autre, menée par un Casadesus décidément très en forme, qui dirigeait parfois presque par cœur et toujours avec une grande générosité d’idées musicales. La complicité avec l’orchestre semblait parfaite et les musiciens très réactifs au moindre geste de leur chef historique qu’ils étaient visiblement heureux de retrouver. Des fracassants et si terriblement tragiques accords de l’ouverture des Montaigus et des Capulets au do majeur éthéré des cordes aiguës à la fin de Roméo sur la tombe de Juliette, ce fut un moment de narration continue et idéale, captivant d’un bout à l’autre le public de l’auditorium du Nouveau Siècle. Public qui ne laissa pas de manifester sa gratitude… jusqu’à ce qu’entre deux rappels commencent à entrer des dizaines de choristes dans les gradins d’arrière-scène !
Surprise totale imaginée par Jean-Claude Casadesus pour fêter ce cinquantenaire, l’orchestre et le Chœur Régional Nord-Pas de Calais nous offrirent le final de la Neuvième Symphonie de Beethoven dans une version électrisée par l'énergie de fin de concert. Peut-être aussi comme un avant-goût d’une année 2027 qui marquera un autre anniversaire, celui des 200 ans de la mort de Beethoven, et à laquelle l’Orchestre national de Lille pourrait bien prendre part, selon la programmation qu’imagineront son directeur musical Joshua Weilerstein et son directeur de la programmation Fabio Sinacori…
Une manière de terminer la soirée lilloise comme elle avait commencé pour ceux qui passèrent devant le Beffroi de l'Hôtel de Ville sur les coups de 17h : par un chaleureux Hymne à la joie
Charly Mandon
Crédits photographiques : Boris Rogez / ONL



