A l'IMEP, un concert symphonique qui interpelle
Samedi 29 avril 2023 à 20H00
Lundi 01 mai 2023 à 17H00
Romain Corbisier: Une guerre aveugle (13/11/15) op. 16.
Dimitri Chostakovitch: Symphonie n°10 en mi mineur op. 93
Avec l'Orchestre Symphonique de l’IMEP dirigé par Laurent Zufferey
Salle de concert de l’IMEP - 28 rue Juppin 5000 Namur
Concert gratuit
Réservations obligatoires : billetterie@imep.be ou 081 73 64 37
Romain Corbisier: Une guerre aveugle (13/11/15) op. 16.
Compositeur, chef d’orchestre et pédagogue, Romain Corbisier a étudié aux Conservatoires royaux de Bruxelles et de Mons. À ce jour, il a composé plus de 20 œuvres, pour tout type de formation et allant de l’opéra pour enfants au poème symphonique. Il est l’auteur de la bande originale du long-métrage La Naissance de Narcisse (2018) et son œuvre pour orchestre Une guerre aveugle (13/11/15), op. 16 a été enregistrée par le label australo-américain Ablaze records. Il enseigne l’écriture, l’analyse, l’instrumentation et l’orchestration à l’Institut royal supérieur de musique et de pédagogie à Namur.
Les attentats perpétrés à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015 sont le point de départ de la composition d'Une guerre aveugle (13/11/15), op. 16. Il faut voir dans cette œuvre un travail de réflexion à partir de cet événement tragique, et non pas une volonté d'illustrer, relater ou raconter cette dramatique soirée. Ces attaques auraient-elles pu être évitées ? Peut-être que oui, peut-être que non, mais toujours est-il qu'une réalité nous fait face : la civilisation occidentale et ses valeurs sont rejetées, haïes, au point d'être en guerre à travers des attaques aveugles qui cherchent à faire un maximum de victimes en agissant dans l'ombre. Notre réaction politique donne parfois l'impression d'un aveuglement et de ne pas voir les réalités pour, au final, agir trop tard. Ce malheureux constat trouve un écho bien au-delà des questions du terrorisme, car notre actualité nous montre que tout sujet crucial exigeant du courage est confronté à la même situation : les problèmes, nos problèmes, ne sont pas vraiment solutionnés à leur source ; de nombreuses dispersions politiques empêchent toute action efficace. Un problème qui n'est pas appréhendé à sa source est un problème qui nous fait prendre le risque de voir celui-ci se développer et de se renforcer jusqu'à ce qu'il émerge toujours plus fort et destructeur. Une guerre aveugle (13/11/15) trouve son inspiration dans les actes terroristes du 13 novembre 2015 mais sa portée réelle va bien au-delà : une guerre aveugle, c'est une sonnette d'alarme. Oui, un mal nous ronge, il agit dans l'ombre ; mais il faut l'affronter, sinon toute la beauté de ce qu'on chérit (et transmet) risque de disparaître. La musique d'Une guerre aveugle (13/11/15) illustre cela : un motif simple de 5 notes émerge dès le début de l'œuvre, puis il se développe et prend plusieurs formes jusqu'au moment où il éclipse (détruit ?) les autres idées musicales. (Romain Corbisier)
Dimitri Chostakovitch: Symphonie n°10 en mi mineur op. 93
La Symphonie n°10 en mi mineur op. 93 de Dimitri Chostakovitch (1906 - 1975) est avec sa Symphonie n° 5 l'une des plus connues. L’œuvre compte parmi les plus jouées du compositeur en raison de sa puissance émotionnelle et de son ampleur. Elle se compose de quatre mouvements : Moderato - Allegro - Allegretto - Andante/Allegro. Selon Andris Nelsons, Chostakovitch a peint en quatre mouvements et avec des "couleurs froides" un tableau de la peur qui régnait durant la période stalinienne. D'ailleurs, le court scherzo du premier mouvement est un portrait au vitriol de Staline. On sait d'ailleurs par les confidences du compositeur à des intimes qu’il s’agissait là d’une tentative d’en brosser un portrait musical. "On ne savait jamais ce qui pouvait arriver. Et même après la mort de Staline, cette peur est restée. Dans la Dixième, il n’y a pas de joie spontanée ou de soulagement." (Andris Nelsons)
Si sa musique est condamnée et retirée de toutes les salles de concert après les représentations de Lady Macbeth de Mtzensk données à Moscou en 1936, cette symphonie marque le retour triomphal du compositeur en 1953. Créée le 17 décembre 1953 à Leningrad, l’œuvre remporte un grand succès et suscite une fois de plus des critiques controversées dans la presse : c’est aussi la première fois que Chostakovitch s’affirme en tant qu’individu et compositeur en signant son œuvre du motif DSCH, ce qu’il fera à plusieurs reprises par la suite. Dans la notation allemande, la suite des notes D-Es(S)-C-H (les initiales de D. Chostakovitch) correspondent aux notes ré-mib-do-si. À l'instar de J-S Bach, Chostakovitch a souvent utilisé ce motif de quatre notes comme monogramme musical. Il exprime tour à tour une rafale démoniaque colérique (Concerto pour violon n°1) ou un triomphe tapageur sur Staline (Symphonie n° 10), ou encore la tragédie de sa propre vie (Quatuor à cordes n° 8). Dans la fin de l'Allegretto, la signature du compositeur revient une dernière fois sur un accord "mahlérien" (accord de do majeur non résolu, celui-là même qui conclut Das Lied von der Erde de Gustav Mahler). En filigrane apparaît également le prénom d’Elmira, du nom d’Elmira Nazirova qui entretint une relation intime avec le compositeur et que l’on vit à ses côtés à la création de l’œuvre interprétée aujourd’hui.
Le 5 mars 1953, la mort de Staline va bouleverser l’Union Soviétique et la vie culturelle du pays. Chostakovitch s’empresse de revenir au genre symphonique longtemps délaissé (sa dernière symphonie datait de 1945) et compose sa Symphonie n°10 . Nous pourrions entendre le compositeur dire avec sarcasme et ironie : "Tu es mort, mais moi, je suis encore vivant ! Je suis encore là !" Car on peut sans doute voir dans le final, nettement plus optimiste, la fin du dictateur... Progressivement, les choses s’améliorent au niveau de la politique culturelle. Même si le formalisme est toujours mal perçu, un vent de liberté souffle chez les musiciens et les premiers signes du dégel s'annoncent...