Disparition de David Hockney : l'opéra perd l'un de ses scénographes les plus singuliers
L'artiste britannique David Hockney s'est éteint paisiblement à son domicile londonien le 11 juin 2026, à l'âge de 88 ans, à un mois de son quatre-vingt-neuvième anniversaire. Son agente Erica Bolton a confirmé la nouvelle dans la journée du 12 juin.
Si la postérité retiendra d'abord le peintre des piscines californiennes, des doubles portraits et des paysages monumentaux du Yorkshire, Hockney a tenu pendant près de deux décennies une seconde carrière qui le place parmi les scénographes d'opéra les plus marquants de son temps — onze productions entre 1975 et 1992. Tout commence dès 1966 au Royal Court Theatre de Londres avec Ubu Roi d'Alfred Jarry — premier décor d'une longue suite, et déjà cette manière de traiter la scène comme un tableau habité, où la couleur structure l'espace plutôt qu'elle ne l'illustre.
L'événement fondateur reste The Rake's Progress de Stravinsky, créé en 1975 au Festival de Glyndebourne dans la mise en scène de John Cox. La parenté revendiquée avec les gravures de Hogarth — sources que Stravinsky lui-même avait choisies — offrait à Hockney une porte d'entrée idéale ; il en sortit l'une des productions les plus durables de l'après-guerre, reprise pendant trois décennies. Glyndebourne le rappelle en 1978 pour Die Zauberflöte de Mozart.
Vient ensuite la décennie new-yorkaise. Au Metropolitan Opera, sous la direction du metteur en scène John Dexter, Hockney signe en 1981 le décor du triple bill français Parade — Parade de Satie, Les Mamelles de Tirésias de Poulenc, L'Enfant et les sortilèges de Ravel —, hommage assumé à Picasso (auteur des décors originaux de Parade en 1917) et démonstration de ce que la couleur pure peut faire sur un plateau d'opéra. Le succès est tel qu'à la fin de la même année, le Met commande à l'équipe Hockney-Dexter un second triple bill, autour de Stravinsky cette fois : Le Sacre du printemps, Le Rossignol et Œdipus Rex.
Avec les années 1990, Hockney travaille à l'ouest américain. Tristan und Isolde de Wagner inaugure en 1987 sa collaboration avec le Los Angeles Opera. En janvier 1992, c'est au Lyric Opera of Chicago qu'il livre, avec Ian Falconer, les décors saturés de rouge et d'ultramarine de Turandot de Puccini : Cité interdite stylisée d'angles aigus et de courbes entrelacées, contraste assumé entre la géométrie du décor et le lyrisme de la partition. Reprise à San Francisco dès l'année suivante puis à plusieurs reprises à Chicago, cette production n'a fait ses débuts à Los Angeles qu'en 2024, plus de trente ans après sa création. La même année 1992, Hockney livre au Royal Opera House de Londres, toujours pour John Cox, les décors de Die Frau ohne Schatten de Strauss. Ce sera son dernier décor d'opéra : la surdité progressive le contraindra à renoncer à un genre où, disait-il, la musique organisait pour lui la couleur.
San Francisco Opera lui remet sa médaille en 2017. Compagnon d'Honneur depuis 1997 — il avait refusé un anoblissement en 1990 —, titulaire de l'Ordre du Mérite depuis 2012, Hockney avait été fait Officier de la Légion d'Honneur dans la promotion civile du 1er janvier 2026, l'un des rares ressortissants étrangers élevés à ce grade, au titre de son installation en Normandie entre 2019 et 2023.
La Tate annonçait pour 2027, à l'occasion de ce qui aurait été son quatre-vingt-dixième anniversaire, une rétrospective à la Tate Britain couvrant sept décennies d'œuvre et un dispositif immersif au Turbine Hall de Tate Modern restituant ses décors d'opéra à grande échelle. Deux projets désormais posthumes.