Johann Ludwig Krebs, 310 ans
Le compositeur et organiste allemand Johann Ludwig Krebs, baptisé à Buttelstedt le est décédé à Altenbourg le .
Il est l'un des trois fils de l'organiste et cantor de Weimar, Johann Tobias Krebs duquel il a reçu ses premiers enseignements musicaux. Après le décès de sa mère, père et fils déménagent à Buttstädt, où le père a trouvé un poste d'organiste.
Il fut de ceux qui passèrent par la Thomasschule de Leipzig, et resta pendant neuf ans sous la férule de J.S. Bach qui apprécia et loua les compétences acquises par son élève. Sa carrière fut cependant assez modeste et sa production peu abondante aux standards de l'époque. On y compte une poignée d'œuvres de chambre (sonates en trio et sonates pour clavecin et flûte) aussi charmantes qu'habilement écrites, mais c'est son œuvre pour orgue -la part de loin la plus importante de son catalogue- qui retient principalement l'intérêt. On y voit parfois le musicien glisser avec un certain bonheur vers l'esthétique « galante » de son temps, mais on le sent surtout, en « pur produit de l'atelier Bach », imprégné - jusqu'à en rester prisonnier- de l'enseignement reçu de son maître. Et c'est là où le bât blesse. Pour reprendre une plaisante image, l'écrevisse (Krebs) nageait librement dans le ruisseau (Bach) mais, à la disparition de ce dernier, n'a pas su opérer sa mutation.
On peut certes être impressionné par un métier aussi accompli. On pourra même se délecter à l'écoute de ses trios, et certains, en découvrant ses chorals, dont certains semblent échappés tout droit de l'Orgelbüchlein, seront peut-être enchantés et éblouis par les capacités de mimétisme du musicien.
En revanche, on risque fort de connaître « l'overdose » à l'écoute de ses grands dyptiques et de certaines autres pièces libres (fugues, préludes, fantaisies) car, à côté de quelques réussites, on a là, notamment dans les préludes et fugues, des développements démesurés qui deviennent vite de redoutables monuments d'ennui. Et plus généralement, comme l'écrit Georges Guillard à propos de ces pièces libres, il est bien délicat, au milieu de tant de références à l'œuvre de Bach, de faire la part entre une simple réminiscence (consciente ou inconsciente), un discret hommage, la rumination de formules admirées, les bégaiements de la mécanique compositionnelle ou le plagiat caractérisé.
Nous voilà donc prévenus, mais cela ne doit pas dissuader le mélomane de faire preuve de curiosité, et encore moins de s'intéresser à deux autres pans -plus originaux- de la production du compositeur : ce sont, d'une part, ses œuvres d'orgue avec instrument obligé (hautbois, flûte ou trompette), qui comprennent des chorals et surtout cinq belles fantaisies, parmi lesquelles un vrai chef-d'œuvre (celle en fa mineur avec hautbois) ; et c'est d'autre part, sous le titre de Klavierübung, un petit recueil de treize chorals que Krebs a visiblement conçus pour l'exercice de la piété domestique puisqu'ils peuvent indifféremment se jouer au clavecin ou à l'orgue. Il nous a laissé là un petit chef-d'œuvre baroque proche, par l'écriture, des Partitas pour orgue de Bach, mais d'esprit déjà galant, ce qui donne une œuvre délicieusement chantante, inventive et émouvante, souvent gaie et virtuose, à l'occasion également empreinte d'un léger chromatisme marquant délicatement l'affliction du croyant.