L'ascension d'une soprano issue de la Haute Ecole de Musique de Genève
Diplômée de la Haute École de musique de Genève, la soprano Julie Roset connaît une ascension fulgurante après avoir gagné le concours du Metropolitan Opera.
Le souvenir semble tiré de l’enfance d’Edith Piaf. «Je devais avoir 7 ans. Entendant une mélodie au loin, j’ai chanté dans la rue et les passants se sont arrêtés pour m’écouter.» Lauréate de l’édition 2022 du concours Laffont du Metropolitan Opera de New York, Julie Thyana Roset est, à 26 ans, un des talents les plus prometteurs de notre ère.
De mère française et de père réunionnais, Julie Roset a grandi à Avignon. Un jour, pendant le goûter chez sa grand-mère, elle reste scotchée devant un documentaire sur Cecilia Bartoli: «Mamie, je veux être opératrice!»
À 5 ans, sa mère, comptable, l’inscrit au conservatoire et à la maîtrise de l’opéra de la ville, où elle se forme jusqu’à ses 15 ans. «Ça m’a appris très tôt la discipline et l’écoute des autres.» À la maison, elle grandit en regardant «West Side Story», «Fame», «un Américain à Paris»…
Adolescente, Julie se produit dans la rue avec ses amis musiciens baroques pendant le Festival d’Avignon: «Ça a marché d’enfer car les gens étaient habitués à entendre de l’accordéon et de la guitare, pas de la musique ancienne!» s’amuse-t-elle.
Fan de l’ensemble genevois Cappella Mediterranea, la chanteuse l’écoute en boucle. Son fondateur, le chef d’orchestre Leonardo García Alarcón, est professeur au département de musiques anciennes à la Haute École de musique de Genève. C’est ainsi que Julie Roset se présente au concours d’entrée dans la filière de chant baroque, d’où elle ressortira trois ans plus tard diplômée avec mention. «En arrivant à Genève, j’étais en dépression la première année en hiver: les nuages restent coincés dans une cuvette ici», badine l’Avignonnaise.
Pendant ses études, la jeune femme enregistre un disque avec Cappella Mediterranea et enchaîne les concerts avec eux. Elle fonde aussi l’ensemble La Néréide avec ses amies d’école Camille Allérat et Ana Vieira Leite, dont le premier album sortira le 8 septembre.
Genève lui offrira aussi l’occasion de redécouvrir les musiciens oubliés. Des professeurs comme Lucien Kandel nous poussaient à sortir des sentiers battus. Tout le monde chante les mêmes airs alors que le répertoire est infini. Julie Roset se plonge alors dans les grimoires de la bibliothèque de Versailles.
J’ai passé deux semaines à me demander si j’aurais le culot de lui demander si j’avais le niveau pour New York. De son côté, l’enseignante a préparé tout un argumentaire pour convaincre la jeune fille de la suivre. Julie n’y croit pas: La Juilliard, pour moi, c’était l’école de «Fame»! Son rêve d’enfant lui saute à la gorge.
Les débuts à New York sont moins pailletés que prévus. Elle débarque en hiver en plein Covid, au milieu de l’épidémie qui frappe la métropole. Elle ne connaît personne et reste enfermée dans sa chambre pendant six mois. Les cours avaient lieu par Zoom, puis on a répété avec des masques. Le jour où on a pu les retirer, nos mâchoires étaient tellement tendues qu’on a dû réapprendre à chanter.
Enfin, la cantatrice plonge dans l’émulation artistique de la célèbre institution. J’étais formée à «l’acting» par les grands noms de la mise en scène comme Stephen Wadsworth ou Mary Birnbaum. À 25 ans, elle gagne le prestigieux concours du MET, et le «New York Times» écrit que sa prestation atteint des sommets hypnotiques.
Papagena dans La Flûte Enchantée à l’Opéra de Toulon, Amour dans Les Indes Galantes à l’Opéra Royal de Versailles, Eurydice à New York: les rôles s’enchaînent. La jeune femme apprend à voler sur scène suspendue par un fil alors qu’elle a le vertige et à chanter au milieu d’un troupeau de moutons animés par des marionnettistes. C’est encore mieux que le cinéma, parce qu’on évolue vraiment dans la magie des décors.
Julie Roset sera le 12 novembre 2023 dans Acis & Galatée avec l’OCG et Cappella Mediterranea sous la direction de Leonardo García Alarcón.
A suivre !
(d'après la Tribune de Genève)