Un homme de bien s'est éteint
Kurt Masur, l’un des plus grands chefs d’orchestre du monde, est mort samedi à l’âge de 88 ans, a annoncé le président du New York Philharmonic, Matthew VanBesien, dans un message.
C’est avec une profonde tristesse que j’écris au nom de la famille Masur et du New York Philharmonic que Kurt Masur, qui fut notre directeur de la musique de 1991 à 2002 et garde ce titre émérite, est décédé le 19 décembre 2015, a déclaré Matthew VanBesien.
C'est sous ses auspices que fut construit le mythique Gewandhaus de Leipzig. Et on se souvient de la participation active de Kurt Masur à la révolution pacifique de 1989 qui vit naître une ville souriante dont furent gommées toutes traces du joug communiste.
Né en Silésie en 1927, Kurt Masur a étudié le piano, la composition et la direction d’orchestre au Conservatoire de Leipzig. En 1955, il signe son premier engagement important à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Dresde. De 1970 à 1996, il devient directeur musical du Gewandhaus de Leipzig. A partir de 1991, et pour dix ans, Kurt Masur est directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de New York. Il occupe le poste de chef principal de l’Orchestre Philharmonique de Londres à partir de la saison 2000-2001. Il est, à partir de septembre 2002, directeur musical de l’Orchestre National de France. Régulièrement invité à diriger les grandes formations internationales, il a enregistré plus d’une centaine de disques. Il enseigne dès 1975 à l’Académie de Musique de Leipzig et reçoit de nombreuses distinctions dans différents pays. Voici pour la « carrière » de Kurt Masur. L’essentiel n’est cependant pas là mais bien dans l’art de vivre qui a sous-tendu son parcours habité encore bien plus d’humanité que de carrière. Un chef dont le but premier est de partager la musique, tant avec ses musiciens qu’avec les publics les plus diversifiés qu’il invite à l’écoute. Un chef aussi qui, à force de travail et d’écoute, a bénéficié auprès des habitants de Leipzig d’une aura propre à leur faire préférer la force du dialogue aux manifestations sanglantes lors des soulèvements de 1989. Kurt Masur, héritier de Mendelssohn, dernier Kapellmeister de l’histoire, celui dont on dit que la musique sonne ‘européen’.
En 2004, Johannes Forner lui avait consacré un excellent ouvrage paru chez Actes Sud.
En 2012, Kurt Masur avait annoncé qu’il était atteint de la maladie de Parkinson. C’est elle qui a eu raison du grand chêne.