Le Béjart Ballet Lausanne à la croisée des chemins 

par

© BBL - Lauren Pasche

Un cygne d’autrefois se souvient que c’est lui’, tel est le titre d’un poème de Stéphane Mallarmé que Maurice Béjart adapta pour la danse en 1991, en ne lui donnant que la durée du Prélude au premier acte de ‘Lohengrin’ dans l’enregistrement d’Otto Klemperer avec le Philharmonia Orchestra. Dans un spectacle du BBL, c’est aussi la première fois que le nom du fondateur de la compagnie n’y figure que par une page aussi brève.

Gil Roman en assura la création au Métropole de Lausanne en 1993 avant de la présenter au Japon et un peu partout dans le monde ; et aujourd’hui il la transmet à deux de ses danseurs, Julien Favreau et Jiayong Sun ; et c’est lui que l’on a vu le 24 juin, tentant de capturer un instant de vie par des mouvements convulsifs, fulgurants comme un éclat lumineux, face au Cygne de Bianca Stoicheciu, refermé sur lui-même dans un angle de la scène.
Ce ‘lever de rideau’ précède une création, ‘ Ku’, que Gil Roman a commandée à la chorégraphe japonaise Yuka Oishi. Le mot ‘ku’ est un concept qui ne peut pas se décrire, laissant la porte ouverte à l’imaginaire de chacun, tout en symbolisant aussi une énergie que l’on ressent. Nous en donne la preuve un homme incarné par Fabrice Gallarague, confronté aux instants éphémères de l’existence. Sur le support de séquences musicales dues à Stephan Micus et Daniel Hope avoisinant la production extrême-orientale de Kodo et de Joiji Hirota, il croise le chemin du fascinant dragon de Lisa Cano qu’enveloppera l’être de lumière vêtu de blanc personnifié par le danseur camerounais Jaym O’Esso. Hommes et femmes qui les entourent se laissent gagner par les forces telluriques qui incitent quatre ou cinq d’entre eux à s’emparer de gigantesques hampes menaçantes. Et les tensions se résorberont lorsque se faufilera la frêle Oana Cojocaru, symbolisant la pureté génératrice.
A cet égard, ‘Eclats’, la nouvelle production de Julio Arozarena, maître de ballet au Béjart Ballet Lausanne, maître de ballet au BBL, est beaucoup plus traditionnelle, en premier lieu par son support musical basé sur trois des ‘Bachianas Brasileiras’ d’Heitor Villa-Lobos entrecoupées de mouvements de concerti pour cordes de Vivaldi. « Comme on éclate de rire, on éclate de danse ! », déclare l’auteur. Et c’est bien ce que dégagent les quinze danseurs conformés à une rigueur académique où figurent les pointes, tout en la pimentant d’un humour souvent corrosif que cristallisera cet homme à gigantesque crinoline, se profilant comme la Mère Gigogne du second acte de ‘Casse-Noisette’.
Pour achever ce programme si fascinant par sa diversité, Gil Roman reprend son ballet ‘Syncope’, créé sur cette scène de Beaulieu en décembre 2010. Au fil d’une partition originale conçue par Citypercussion et jB Meier, un homme (Gabriel Arenas Ruiz) est étendu sur le sol près d’une automate-infirmière (Elisabet Ros) portant une coiffe en forme d’abat-jour. La réalité se dissout rapidement pour laisser la place à un univers onirique où l’oiseau en cage se libère au gré des fantasmagories les plus inattendues, le temps d’une syncope.
Paul-André Demierre
Lausanne, Théâtre de Beaulieu, 24 juin 2018

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